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J.-H. Rosny

Albéric Cahuet "Hommage des écrivains à J.-H. Rosny" (1936)

9 Avril 2014, 12:34pm

Publié par Fabrice Mundzik

"Hommage des écrivains à J.-H. Rosny" est le titre d'un article signé A. C. (Albéric Cahuet) publié dans L'Illustration n°4867 du 13 juin 1936.

Sur la photographie se trouvent :

"M. Rosny aîné félicité à l'occasion de ses quatre-vingts ans par Jean Vignaud, président de la Société des Gens de lettres.

A gauche, assis, M. François Mauriac ; au fond, M. Valmy-Baysse, secrétaire général de la Comédie-Française ; à droite, M. Georges Lecomte."

 

A lire aussi :

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Photographie de J.-H. Rosny aîné et Maurice Renard (1936)

Maurice d'Hartoy "Genèse de l'Académie Goncourt" (1966)

Catalogue "Gaston Chérau, romancier de la province française : 1872-1937" (Bibliothèque Municipale de Niort - 1987)

Discours de Jean Vignaud pour les obsèques de JH Rosny aîné (1940) sur ArchéoSF

Albéric Cahuet "Hommage des écrivains à J.-H. Rosny" (1936)

Albéric Cahuet "Hommage des écrivains à J.-H. Rosny" (1936)

Hommage des écrivains à J.-H Rosny

Dans, l'après-midi du 3 juin, à l'hôtel de Massa, il y eut une touchante et grave réunion des Gens de lettres. Ceux qui se trouvaient là, et que frappe, sans compensation aucune, la crise générale, avaient oublié les soucis du jour pour fêter familialement, avec tendresse, avec admiration, avec respect, le plus grand de leurs doyens, J.-H. Rosny aîné, qui, à quatre-vingts ans, est obligé, pour assurer son existence, de continuer son labeur quotidien.

Un grand exemple. Un symbole vivant du rayonnant mais épuisant labeur intellectuel qui enrichit une époque, ennoblit une nation et laisse sans fortune, à la fin de sa carrière, le créateur de tant de biens.

J.-H. Rosny aîné demeure le témoin abondant et loyal d'un temps dont il aura écrit pour une bonne part l'histoire intellectuelle et romanesque. Toujours, le grand écrivain s'est passionné pour le mystère de la vie des hommes, des bêtes, des choses, depuis la nuit des origines jusque dans l'inconnu des avenirs. Dans La Guerre du Feu, il a écrit une véritable Iliade paléolithique. Dans Nell Horn il a, le premier de nos romanciers, donné une vision réaliste et forte du peuple des quartiers misérables de Londres. Dans un autre livre, prophétique, il a fait mugir tragiquement la Vague rouge. En sa plus récente production le romancier, dont la curiosité fût tellement éclectique, a interrompu sa course dans l'espace et dans le temps pour observer, plus près de lui et plus près de nous, les âmes qui s'offrent à son examen direct.

Le discours que prononça, le premier, M. Jean Vignaud. président de la Société des Gens de lettres, marqua l'ingratitude présente des nations à l'égard de leurs grands serviteurs intellectuels :

« C'est vous, mon cher maître, a-t-il dit en substance, c'est vous qui devriez être en mesure de nous recevoir, aujourd'hui, dans une maison que l’État eût faite vôtre. Vous aviez droit à cette marque de la reconnaissance de votre pays. A quatre-vingts ans, il vous faut encore avoir le courage de la création littéraire, et nous admirons que d'un servage continu vous fassiez une libération magnifique. La profession d'homme de lettres est, dans ce temps, la plus inhumainement frappée. Sa protection, à l'intérieur comme à l'extérieur, est nulle. Dans le pays de Descartes et de Montaigne, le mot idéal est un mot que l'on n'ose plus aujourd'hui prononcer. »

Gaston Chérau, au nom de l'Académie Goncourt, a prononcé, lui aussi, un admirable éloge dont on a fort applaudi l'une des images : le laboureur — l'écrivain — creusant son sillon sur une cime.

Le président d'honneur de la Société des Gens de lettres, Georges Lecomte, de l'Académie française, a évoqué, avec sa mémoire fidèle et chaleureuse, les cinquante années de vie littéraire où, dès le début, il connut et admira Rosny. Il parla de l'œuvre avec l'autorité de l'homme qui a vécu la grande époque où, dans les belles disputes d'art, s'opposèrent les courants d'écoles. Quand les écrivains mettent dans leurs paroles leurs souvenirs, leur talent et leur cœur, les propos sont grands.

Rosny a répondu avec sa gentillesse coutumière. On lui offrit la grande médaille d'or de la Société des Gens de lettres, on lui présenta une plaquette commémorative qui est l'œuvre de Mme Geneviève Granger-Chanlaine. On entoura, on embrassa le cher vieux maître et l'on vida une coupe à la glorieuse continuation de son œuvre.

A. C.

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