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J.-H. Rosny

Catalogue "Gaston Chérau, romancier de la province française : 1872-1937" (Bibliothèque Municipale de Niort - 1987)

3 Décembre 2013, 19:33pm

Publié par Fabrice Mundzik

"Gaston Chérau, romancier de la province française : 1872-1937", catalogue publié par la Bibliothèque de l'Arsenal et la Bibliothèque Municipale de Niort en 1987.

L'étude biographique et les notices s'y rapportant ont été rédigées par Mme Françoise Bertrand-Py, conservateur honoraire à la Bibliothèque de l'Arsenal ; la bibliographie, les études et commentaires littéraires par M. Eric Surget, directeur de la Bibliothèque Municipale de Niort.

Quelques pièces, directement en lien avec les frères J.-H. Rosny, sont à signaler :

172. A Hossegor. Paul Margueritte, avec Gaston Chérau et Bernou, Justin Rosny et Serge Barranx. 1913. Photographie.

173. A Hossegor. Cléo de Mérode dans le jardin des Margueritte. Photographie.

197. Lettre à Rosny aîné, du 27 janvier 1920.

"...L'autre me faisait honte. J'ai fait un stupide travail et beau de sarcleur. On ne s'enrichit pas dans cette profession. Ce qui m'importait, c'était de ne pas laisser derrière moi de chiendent que je pouvais arracher. Manie !... Peut-être."

227. L'Oiseau de Proie ; préf. de Gustave Geffroy. - P. ; Calman-Lévy, s.d. [1913]. - Ex. n°30 sur vélin à la forme avec dédicace autographe à Alexandre Natanson.

L'édition, dédiée à Paul Margueritte et J.-H. Rosny Jeune, porte en épigraphe ces lignes, si importantes à la compréhension de la théorie romanesque de Chérau :

"Le caractère des hommes est un miroir qui reflète leur pays. Il est des miroirs larges et limpides qui peuvent contenir de grandes images sans les déformer ; d'autres étroits, ternis et brisés, où l'image apparaît courte, trouble et discontinue."

228. Raoul Serres. Gravure inspirée par L'Oiseau de Proie, eau-forte 32 x 34 cm, 1934. Avec dédicace autographe à Gaston Chérau.

229. Lettre de Charles Derennes à Gaston Chérau. 9 mars 1913.

Derennes venait de recevoir L'Oiseau de Proie. "Je crois vous avoir dit déjà, ainsi qu'à Rosny maintes fois, et à bien d'autres, l'impression réellement très profonde que, l'hiver dernier, m'avait produite La Prison de verre. Ici, l'attrait se complique pour moi d'avoir reconnu, dès l'ouverture du volume, des noms et des mots d'un pays qui nous est cher."

276. Lettres à Ernest Pérochon. - Coll. Mme Debenest-Pérochon.

1) "Monsieur, je viens de lire "Les Creux de maisons" que m'a prêté J. H. Rosny et je vous félicite bien fort d'avoir écrit un tel livre, si simple, si vrai, si probe et si émouvant."

2) "Si, mon cher Pérochon, si ce serait un vrai malheur que Nêne ne parût pas." 25 juillet 1919.

A lire sur le Blog de l'Amicale Des Amateurs de Nids À Poussière : À l'Ombre des ailes, Ernest Pérochon et Raylambert, roman scolaire espiègle pour une école enjouée.

364. A. Bilis. Portrait de Joseph-Henri Rosny, dit Rosny aîné. Photographie. 24 x 18 cm.

Dédicace de J. H. Rosny à Gaston Chérau "l'enchanteur, avec mon admiration affectueuse".

366. Justin Rosny, dit Rosny Jeune, dans sa maison de Ploubazlanec en Bretagne. Photographie.

370. L'Académie Goncourt au restaurant Drouant en 1929. Cliché Harlingue-Viollet. (Photographie présentée sur ce Blog.)

382. Menus de l'Académie Goncourt.

1) Le menu du banquet Gaston Chérau, 18 mai 1927.

2) Menu "bélâbrais" du 17 juin 1936.

384. Feuille de notes en vue de la direction littéraire des éditions Ferenczi. Vers 1927.

 

Extraits du chapitre III Deuxième époque 1904-1914 - Un Romancier :

Un intermède heureux prit place à la mi-septembre de cette même année 1913, comme les Chérau faisaient un assez long séjour à Hossegor (Landes). Hossegor n'était pas encore la station courue qu'elle est devenue. C'était un village sous les pins, au bord du lac où s'était groupée une petite colonie d'écrivains : Paul Margueritte, propriétaire de "Clair-Bois", s'était entremis pour procurer aux Chérau "La Petite Chartreuse". Le ménage Justin Rosny dominait le lac. Les filles aînées de Paul Margueritte, Eve et Lucie, leur jeune belle-mère, leurs amis, Henri Duvernois, la belle Cléo de Mérode, Tristan Derême, formaient une société animée. On montait les petites pièces de théâtre que Paul Margueritte troussait à l'intention du groupe ; il en composa une précisément pour Bernou, qui avait un grand succès auprès des amis de ses parents. On improvisait des charades, on se déguisait, on faisait promenades et parties de pêche sur le lac.

Une amitié littéraire qui s'est formée à Hossegor fut celle de Serge Barranx, romancier et critique gascon. Quelques années plus tard, il a rapporté comment ils s'étaient rencontrés :

"J'ai connu Gaston Chérau à Hossegor, il a fait partie de cette colonie qui vécut là de beaux jours dont nous ne gardons plus, hélas ! que de chers souvenirs. C'était alors un intrépide amoureux de plein air, de pêche et de chasse, battant les fourrés du pignadar, fouillant les recoins de l'étang et rêvant les soirs sur la dune.

Je le revois encore tel qu'il m'apparut alors : cheveux au vent, l’œil vif et l'allure souple sous son maillot, les rames et le filet sur l'épaule, descendant vers la berge et lançant au passage à Rosny une réflexion piquante. Au cours des conversations qui suivirent, j'eus le plaisir de découvrir, chez lui, une sensibilité très vive, une tendresse d'âme qui devait certainement, quelque jour, avoir payé ou payer encore leur tribut à la grande douleur des hommes. Ce fut pour moi comme une révélation" (1).

Justin Rosny révéla à Gaston Chérau le roman d'un jeune instituteur poitevin, Les Creux de maisons, d'Ernest Pérochon. Gaston Chérau envoya à Ernest Pérochon une carte de félicitations et ce fut le début d'une amitié qui ne s'est jamais démentie.

(1) Ceux de chez nous. Gaston Chérau (La Petite Gironde, 31 mai 1925).

[...]

Chérau vit alors, en compagnie de sa femme qui tient quelques rubriques dans la revue Fémina et au Petit Journal, une période relativement heureuse, en tout cas mondaine et brillante. Il est remarqué et généralement salué par la critique ; ses amitiés littéraires, avec Margueritte et les frères Rosny en particulier, s'affirment et se consolident, surtout elles vont lui permettre bientôt de jouer ce rôle de conseiller occulte auprès de l'Académie Goncourt dont il devient un familier très écouté.

Extrait du chapitre V Troisième époque 1919-1926 - La Maturité :

Pour un découvreur de talents, quelle tribune plus enviable, dans le premier tiers de notre siècle, que l'Académie Goncourt ? Gaston Chérau y comptait des amis de longue date, les Rosny, Léon Hennique, Pol Neveux.

Le 5 mai 1926, en remplacement d'Elémir Bourges, il fut élu par 6 voix, contre 2 à Georges Duhamel.

Extraits du chapitre VI Quatrième époque 1927-1937 – L'Académicien :

Gaston Chérau ne recherchait pas les honneurs ; il lui arrivait de les repousser, comme il le fit par deux fois, lorsqu'il refusa d'être proposé pour la nomination dans l'ordre de la Légion d'honneur. Mais l'Académie Goncourt était mieux qu'un honneur : c'était une fidélité de gratitude aux quelques aînés qui avaient encouragé ses débuts, c'était un groupe confraternel, même si la paix en était parfois troublée ; et c'était aussi la mission attachée à l'honneur de lui appartenir. Daudet, Raoul Ponchon devinrent ses amis. Il s'entremit avec succès en faveur de l'élection de Georges Courteline, élu en remplacement de Gustave Geffroy, puis en faveur de Roland Dorgelès, qui succéda à Courteline en 1929. Il tenta, sans succès, de convaincre Giraudoux de se laisser ouvrir la porte de la place Gaillon, puis contribua à l'élection de Léo Larguier.

Des crises ont secoué l'Académie Goncourt au cours des onze années pendant lesquelles il en a partagé la vie. Celle de 1932, provoquée par l'attribution du prix à Guy Mazeline, contre le Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline, ébranla la santé du président J.-H. Rosny. Gaston Chérau avait travaillé à la réconciliation de Lucien Descaves avec ses confrères. La colère de Descaves, qui était venu place Gaillon pour faire couronner Céline, son nouveau et bruyant départ furent suivis d'une campagne de presse menée dans Le Crapouillot mettant directement en cause les deux Rosny et Roland Dorgelès. Gaston Chérau s'employa avec sollicitude à soutenir le vieux président blessé dans son honneur.

En 1936 lui revint la mission de représenter l'Académie Goncourt à la réception donnée par la Société des Gens de Lettres pour fêter les quatre-vingts ans de J.-H. Rosny, auquel il déclarait : "Vous me faites songer aux personnages de ce groupe admirable des bourgeois de Calais, fils du génie de Rodin, qui ne s'accommodent d'aucun socle et qu'on ne voit bien que sur le sol, ni plus ni moins que nous, et dont aucun ne veut être tenu pour un héros."

Les menus des déjeuners Goncourt, au restaurant Drouant, portèrent parfois et selon les saisons, les marques de sa présence, macarons de Montmorillon, tourteaux fromagés, melons ou fraises de son jardin.

[...]

Il est un homme actif et enthousiaste, très demandé et sur qui on compte. Ainsi ses éditeurs, les Ferenczi. En mai 1927, fiers de leur "Goncourt", ils organisèrent en son honneur un banquet chez Drouant, sous la présidence du ministre de l'Instruction publique, Edouard Herriot. Parmi les cent invités, Colette, les Rosny, Lucie Delarue-Mardrus, Georges Lecomte, des critiques littéraires, des artistes. Les photographies montrent un Gaston Chérau à la tête enveloppée d'un pansement protégeant ses oreilles ; souffrant d'une otite, grelottant de fièvre, il était présent, mais incapable d'aller jusqu'au bout de son discours de remerciement, qu'il publia quelques jours plus tard sous le titre : Ce que je n'ai pu dire.

C'est probablement vers cette date et pour un petit nombre d'années qu'il est devenu directeur littéraire des éditions Ferenczi. La rareté des documents concernant cette activité ne permet pas d'en faire une analyse complète. Un brouillon de la main de l'écrivain révèle les conditions qu'il avait posées pour remplir cette fonction : "Le succès ne peut s'établir que par un choix sévère (et je demande qu'aucune influence amicale ne vienne se mettre dans le jeu des lecteurs) et par la continuité de l'effort. J'insiste dès aujourd'hui pour qu'on ne se décourage pas en six mois. Il me faut dix-huit mois au minimum. Collaboration intime entre l'éditeur, le directeur littéraire, le directeur artistique."
Il préconisait l'extension de la publicité concernant les nouveautés aux cercles littéraires provinciaux et jetait sur le papier quelques noms d'écrivains à publier : Alexandre Arnoux, Edmond Fleg, Pierre-Paul Fournier, François Porché, Jean Balde, La Mazière, Titayna, Ivan Goll, Lacretelle.

Il attira chez Ferenczi Colette, Estaunié, Rosny aîné, Rosny jeune, Maurice Genevoix, Charlotte Chabrier, dont le roman Les Danaïdes obtint le Prix Minerva. Il fit travailler des artistes, comme Georges Jeanniot, illustrateur de La Prison de verre, Henri Avelot, André Hellé, posant avec eux les jalons d'une collection enfantine.

Catalogue "Gaston Chérau, romancier de la province française : 1872-1937" (Bibliothèque Municipale de Niort - 1987)

Catalogue "Gaston Chérau, romancier de la province française : 1872-1937" (Bibliothèque Municipale de Niort - 1987)

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