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J.-H. Rosny

J.-H. Rosny aîné "Les Femmes des autres" (Ferenczi - 1926)

19 Juin 2013, 13:46pm

Publié par Fabrice Mundzik

"Les Femmes des autres", roman signé J.-H. Rosny aîné, fut réédité par les éditions Ferenczi en avril 1926. Il porte le n°34 de la collection Le Livre moderne illustré. Les illustrations sont de Arsène Brivot : "D'après les bois gravés de..."

Pour résumer en quelques lignes cette histoire, sachez que J.-H. Rosny aîné nous dépeint le quotidien de François Mauverre dont la vie tourne autour des Femmes des autres, abandonnées ou tristes... : "François sentit un vide dans son âme : depuis un an, il n'avait consolé personne et le besoin de consoler lui était devenu aussi nécessaire que le besoin d'aimer".

Quelques passages méritent d'être soulignés :

J.-H. Rosny aîné fait dire à un de ses personnages que "Clemenceau est une tête de bois". Il disait d'ailleurs lui-même que Georges Clemenceau était un "adulte impulsif et [un] enfant terrible".

Plusieurs scènes se déroulent à proximité, ou dans, le Jardin du Luxembourg que l'on retrouve plusieurs fois dans les écrits des frères J.-H. Rosny.

Pour François, "toutes les créations du génie humain sont perverties, parodiées et ridiculisées...". Un constat qui n'est pas sans rappeler le contenu de "Le Génie humain et la guerre" écrit par J.-H. Rosny aîné en 1925.

Il y a plusieurs allusions au(x) monde(s) de la littérature dans ce roman :

Paul Fort, Pierre Loti, Chateaubriand, Gérard d'Houville et la Comtesse de Noailles sont cités.

François indique qu'en "dehors du plaisir intrinsèque de vivre, je n'ai de goût que pour la littérature... Or, en littérature, on n'est qu'un cambrioleur, si l'on n'apporte des qualités ou transcendante ou très précieuses". Des propos similaires furent tenus par J.H. Rosny aîné dans son Avertissement à "La Force mystérieuse" (Plon - 1914) : "il y a dans Wells je ne sais quel sceau personnel, qui manque à M. Conan Doyle".

On retrouve aussi quelques clin d'oeils aux récits préhistoriques de l'auteur. Par exemple, lorsqu'un des personnages est qualifié de "pauvre iguanodon", ou dans cette scène : "La fauve déchire sa proie ; enseveli dans un fauteuil, Mauverre sent s'écrouler sa vie ; toute l'imagination, toute la misérable prévoyance humaine, l'accablent d'images et de sensations dont chacune est une griffe".

Tancrède, paléontologiste, "qui creusait le sol dur, à la recherche des fossiles, et n'avait encore découvert que des ossements mégalithiques, dont aucun n'était d'une sorte rare" déclare : "j'espère découvrir, d'une époque antérieure à la Madeleine, au Solutré, à l'Aurignacien, en plein Moustier, — un squelette humain de haute taille. Cela ferait une quasi-révolution dans le peuple des Préhistoriens... J'aurais ma chapelle de gloire...".

Ce n'est pas la première fois que J.-H. Rosny aîné use de l'auto-citation, mais ces références ne sont pas toujours évidentes à repérer. Il est ici question du roman "Les Deux femmes" (1902) :

"— Non, cela ne vous concerne pas ; vous n'êtes pas comme cette héroïne d'un autre roman qui, pleine de jeunesse et de force, et belle et charmante et adorée, ne songe qu'à la mort.

— Je sais ! Chuchota Sylvine... je sais...

Elle alla prendre le livre, elle lut :

« Ne la sens-tu pas, à chaque geste, glisser en toi et te dévorer ? Jamais elle n'a de cesse... Elle seule est vigilante dans l'Univers ; la vie n'est que désordre et lenteur — la mort la mène comme le vent mène les nuages sur la montagne. Ecoute, et tu entendras au fond de toi les cris des Trépassés !... »".

Signalons aussi que la dernière partie de ce roman — la rencontre avec Sylvine — rappelle fortement la nouvelle "L'Ephémère mariage" publiée par J.-H. Rosny aîné en 1893.

Terminons sur ce court, terrible, éprouvant, émouvant passage... :

"Les jours, lents et lugubres, versèrent dans l'éternité leurs heures, leurs minutes, leurs secondes, et François, continuellement, voyait mourir Sylvine. Il la voyait mourir dans la lumière, il l'entendait mourir dans les ténèbres : pour ne pas l'effrayer, il n'avait point appelé une garde-malade, il se contentait de la femme quadragénaire qui, par chance, se montrait vigilante, adroite et pleine de bonne volonté.

Chaque matin, il trouvait la malade plus sépulcrale ; la nuit, les quintes de toux sonnaient les funérailles. Alors, avec elle, il voyait disparaître les multitudes humaines dans les profondeurs du Temps, dans les déserts de l'Etendue, sans que jamais, pendant une seule seconde, l'homme cessât de périr, sans que jamais un intervalle séparât les plaintes des malades des râles des agonisants. Dans les abîmes de l'Océan, dans les forêts, dans les prairies, parmi les feuilles vertes ou les herbes flexibles, toujours quelque créature rendait aux choses la mystérieuse énergie qu'elle avait reçue des choses... Jamais ! Toujours ! Avec quelle précision il se voyait périr lui-même ! Quelle conscience hideuse et abominable il avait de la fragilité de sa machine, quels gémissements éperdus des nerfs, quels chocs désespérés du cœur...

« Le soir inexorable viendra... et si vite !... Quelques pas dans l'énormité de l'espace, quelques souffles dans l'infini de la durée... pauvre Sylvine et pauvre François... »

Ainsi songeait-il dans l'ombre étoilée ; la toux féroce tranchait ses pensées comme une faux ; Sylvine, avec une faible plainte, tournait un commutateur et, saisissant la cuvette posée près d'elle, crachait du sang...

Recru de fatigue et de soucis, il se levait, il cherchait les paroles qui consolent. Elle s'efforçait encore de croire, d'étreindre la chimère, mais au fond de l'instinct une voix s'élevait, chaque jour plus haute, qui affirmait la réalité essentielle... L'univers se vidait, le néant enveloppait la pâle structure..."

J.-H. Rosny aîné "Les Femmes des autres" (Ferenczi - 1926)J.-H. Rosny aîné "Les Femmes des autres" (Ferenczi - 1926)

J.-H. Rosny aîné "Les Femmes des autres" (Ferenczi - 1926)

J.-H. Rosny aîné "Les Femmes des autres" (Ferenczi - 1926)

J.-H. Rosny aîné "Les Femmes des autres" (Ferenczi - 1926)

J.-H. Rosny aîné "Les Femmes des autres" (Ferenczi - 1926)

J.-H. Rosny aîné "Les Femmes des autres" (Ferenczi - 1926)

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