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J.-H. Rosny

Jean Clary : critiques de "La Mort de la Terre" et "Les Rafales" (1912)

25 Avril 2013, 01:36am

Publié par Fabrice Mundzik

La critique du roman "La Guerre du Feu" par Lucien Rolmer, qui nous a été proposée par Vincent Maisonobe, m'a quelque peu titillé... Rien n'est plus terrible que cette impression de déjà vu (déjà lu dans ce cas précis !) combinée à l'impossibilité de faire un quelconque lien...

Mais "qui cherche trouve", c'est bien connu. J'ai donc cherché, pour enfin retrouver une critique, signée Jean Clary et publiée sous le titre "Les Livres" dans la revue Pan n°5 de mai-juin 1912. Il y est question des publications de "La Mort de la Terre", ainsi que de "Les Rafales". A sa lecture, les similitudes vous seront évidente. Idées dans l'air du temps ? Plagiat ? Difficile à déterminer.

A la suite des ouvrages de J.-H. Rosny aîné, Jean Clary parle de "Le Péril bleu" de Maurice Renard : pour le plaisir, je l'ai laissé en intégralité.

 

J.-H. ROSNY aîné : La Mort de la terre (Plon) ; Les Rafales (Plon). — MAURICE RENARD : Le Péril bleu (Michaud).

 

Il a manqué à J.-H. Rosny aîné une chose pour que ses livres connussent les gros tirages, c'est qu'il ait écrit en une langue autre que le français ; ah ! s'il était venu de Russie, d'Amérique ou d'Angleterre surtout, quels innombrables lecteurs n'aurait-il pas ! Mais il écrit en français, qui plus est, en français excellent, et il est de mode actuellement, chez nous, que le génie soit l'apanage de l'étranger. Quel succès aurait accueilli la Guerre du Feu, ce puissant chef-d’œuvre, si ce roman eût été une traduction.

Une autre raison, toutefois, se joint à la première : c'est l'extrême diversité de cet auteur : le public qui lit, en France, aime à délimiter chaque écrivain : celui-ci fait du roman psychologique, cet autre, manquant d'imagination, refait l'histoire au goût du jour. Mais de l'étude de milieux révolutionnaires, passer à la préhistoire et, de là, revenir à la vie bourgeoise (pour ne citer que des œuvres récentes) et le tout avec la même maîtrise, n'est-ce point assez pour dérouter les bons lecteurs ?

Et, cependant, comment ne pas être pris par la Mort de la terre ? L'auteur imagine la fin de notre globe, causée par la disparition de l'eau et l'arrivée des minéraux, au premier stade de la vie consciente des ferromagnéto, qui émettent des radiations, dont le pouvoir engourdit délicieusement les hommes jusqu'à la mort. Ceux-ci ont poussé à l'extrême le développement de la mécanique, mais leurs recherches se sont brisées devant ce facteur essentiel de la vie, l'eau qui s'épuise et qu'ils ne peuvent recréer. Quelle page émouvante et grandiose que celle de la mort du dernier homme dans le silence, épouvantable de la planète. J.-H. Rosny est un visionnaire merveilleux.

Les Rafales forment la première partie d'une sorte d'épopée bourgeoise. C'est ici l'étude navrante de la ruine et de la déchéance d'une famille, causées par son chef, un brasseur d'affaires. Celui-ci est le type du raté ambitieux ; d'une intelligence médiocre, il est hanté d'irréalisables conceptions. Il méprise l'épouse malheureuse et la mère admirable, dont le dévouement et le sacrifice, sans cesse renouvelés cependant, sont brisés par un entêtement stupide.

Que dire de la forme de J.-H. Rosny qui n'ait été dit ? C'est encore la diversité qui me paraît la mieux définir. Les actes les plus ordinaires, les plus nécessaires de la vie courante sont exprimés, chaque fois, par une image ou une comparaison nouvelles.

J.-H. Rosny aîné est parmi les plus grands des romanciers de notre époque.

Je crois que le dernier volume de M. Maurice Renard aurait certainement gagné beaucoup si l'auteur s'était tenu à nous évoquer le Péril bleu. Il y a trop de choses dans ce roman touffu qui, par cela même, devient fatigant. Et l'on s'explique mal les raisons qui ont poussé l'artiste à faire, de cette œuvre, une notice du policier amateur et du policier professionnel, dont les déductions, savamment logiques, s'effondrent lamentablement devant la réalité.

Cette restriction faite, je dirai que le Péril bleu est un roman d'un intérêt puissant. Jusqu'à la dernière page, nous sommes ignorants de la cause de ces multiples catastrophes qui angoissent et désorganisent un pays.

L'auteur imagine qu'à la limite extrême de notre atmosphère existe un monde d'êtres invisibles pour nous. Ceux-ci ont construit un sous-aérien, qui leur permet d'étudier notre monde que de puissantes lunettes leur révélèrent. Pour cela, ils prennent des végétaux, des animaux et même des hommes pour en connaître le genre d'existence. Les terriens croient à des fantômes méchants, dont le désir est l'anéantissement de l'humanité. Et, cependant, n'agissons-nous pas similairement dans nos recherches sous-marines ? Heureusement (pour l'homme) le mécanisme du sous-aérien se détraque, et les savants meurent empoisonnés par l'oxygène de notre atmosphère. Le style, correct et élégant, sans recherches comme sans négligences, est parfaitement adapté à son sujet.

M. Maurice Renard, doué d'une étonnante imagination et d'une rigoureuse logique, nous donnera certainement, bientôt, des œuvres qui feront que nous n'aurons rien à envier à certains romanciers d'Outre-Manche.

Jean Clary : critiques de "La Mort de la Terre" et "Les Rafales" in Pan n°5 de mai-juin 1912.Jean Clary : critiques de "La Mort de la Terre" et "Les Rafales" in Pan n°5 de mai-juin 1912.Jean Clary : critiques de "La Mort de la Terre" et "Les Rafales" in Pan n°5 de mai-juin 1912.

Jean Clary : critiques de "La Mort de la Terre" et "Les Rafales" in Pan n°5 de mai-juin 1912.

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