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J.-H. Rosny

J.-H. Rosny Jeune "La Métisse amoureuse" (Ferenczi - 1927)

11 Avril 2013, 16:25pm

Publié par Fabrice Mundzik

Cette première édition de "La Métisse amoureuse", roman de mœurs de Paris signé J.-H. Rosny Jeune fut publié par les éditions J. Ferenczi et Fils en 1927. Il sera réédité en 1931 par Les Editions de France.

Annonce parue en juin 1927 :

L'édition présentée porte la mention de 23e Mille (imprimée en août 1927).

Le texte est précédé d'une préface de J.-H. Rosny Jeune :

"Je n'aurais pas osé entreprendre ce livre si je n'avais eu longtemps pour ami un Chinois avec lequel j'ai sans doute mieux appris à connaître la Chine qu'en faisant à travers ce vaste pays un de ces voyages d'exploration où l'on ne voit que la superficie des choses...

Une âme c'est, dans le cas qui nous occupe, des millions d'âmes. Les aspects varient ; le fond reste le même... Un roman peut rendre plus sûrement les intimités d'une race que la plus pompeuse histoire.

Ce qui nous sépare des jaunes ? A la première vue, rien de très apparent. Et je crois bien que le monde aurait pu se former par la fusion des deux sangs, si le sang mongol n'eût été trop vif et trop fécond. L'aristocratie du blanc se voit menacée. On peut admettre le mélange, on ne saurait admettre la prépondérance mongolique. Nous nous expliquons ainsi la révolte cruelle des blancs qui furent en contact avec des races étrangères, elles se défendirent contre le métissage, mirent leur orgueil dans la pureté du sang.

Mais, bien entendu, la question va plus loin que cet instinct... Existe-t-il une infériorité réelle ? La lutte du blanc pour son hégémonie est-elle la lutte de la planète défendant l'être qui doit assurer la plus haute manifestation de la vie ?

Lorsqu'il s'agit des jaunes, les arguments en faveur de cette thèse sont bien faibles... Ni les arts, ni la philosophie des Chinois ou des Japonais ne le cèdent aux nôtres... Beaucoup de bons esprits sont même persuadés que nous n'arrivons pas à leur hauteur...

Nous les dépassons dans les sciences...

Mais celles-ci, sauf les mathématiques, étant des nouvelles venues, on peut toujours prétendre qu'il n'y a là qu'une simple question d'évolution... Le vaste monde jaune aurait eu trop à faire pour développer son génie politique ; il n'aurait pas eu le temps de songer aux sciences ?... Du moins, les aurait-il appliquées... Les merveilles de son industrie, de son agriculture peuvent passer à bon droit pour des découvertes scientifiques... Il avait la boussole, il avait de la poudre, des canons avant nous... Est-il improbable qu'il eût pu, si nous lui en avions laissé le temps, pousser plus loin sa curiosité, mettre au programme de ses examens les mathématiques, et, à leur suite, les sciences expérimentales et descriptives. A ceux qui voudront voir en nous des innovateurs absolus, on opposera que les sciences dont nous sommes si vains nous viennent des Grecs et des Arabes qui, sans doute, les   tenaient des Egyptiens...  D'ailleurs,  sauf la géométrie chez les Grecs, les sciences furent chez nous longtemps dédaignées. Il est probable que, même chez les Egyptiens, chez les Babyloniens, les Arabes, elles se confondirent à l'origine avec l'occultisme, avec la magie. Qu'est-ce que les mathématiques pour un  Latin   au   regard  de  l'Eloquence,   de   la Philosophie, de la Poésie ? Durant notre moyen âge,    époque   du   bavardage    théologique,   les sciences sont pratiquées dans  l'ombre par des alchimistes qui plaident le faux pour découvrir le vrai.

Ce que nous avons appris de l'Egypte, les jaunes peuvent l'apprendre de nous... Déjà, ils y excellent. Notre mépris n'est que de la mauvaise éducation. Il faut trouver autre chose. Peut-être le pire grief contre les Chinois serait-il l'Asiatisme... S'ils doivent périr, ils périront par là... Le rêve oriental, le fatalisme, le nirvana, le nitchévo, voilà la pierre d'achoppement de l'Asie... Le monde ne peut finalement appartenir à ceux dont la doctrine est que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue, à ceux qui voient la récompense suprême dans la mort...

J'aurais pu traiter ce thème avec grandiloquence et érudition. Je ne l'ai pas voulu. L'art n'est pas un vain appareil de mots... Il va au fond des choses : il montre des créatures vivantes... Il faut lire ce livre comme une œuvre d'art. L'Asiatisme est au fond. Le lecteur saura le trouver.

Pour  les  citations  des  livres  classiques  chinois, j'ai suivi la traduction de Pan-thin.

J.-H. ROSNY JEUNE,
de l'Académie Goncourt.

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