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J.-H. Rosny

J.-H. Rosny aîné "Pensées errantes" (Figuière - 1924)

9 Mars 2013, 15:04pm

Publié par Fabrice Mundzik

"Pensées errantes" de J.-H. Rosny aîné, édité par Eugène Figuière en 1924, a déjà eu l'honneur d'être présenté dans un billet rédigé par Lionel Évrard : J.-H. Rosny aîné "Pensées errantes" (1924), par Lionel Évrard.

"Pensées errantes" est précédé d'un "Avertissement" : "Quelques-unes de ces pensées ne sont que des interrogations. Il leur arrive, très rarement, d'être contradictoires."

J'ai beaucoup d'affection de ce petit recueil de pensées, dont certaines me font bondir et d'autres me laissent songeur... Les tournures de phrases, parfois obscures, de J.-H. Rosny aîné peuvent être déroutantes ou même incompréhensibles, mais elles peuvent aussi nous mener à des réflexions aux cheminements les plus inattendus.

Certains passages ont mal vieillis, d'autres, comme ceux sur Pascal, Chateaubriand et Montaigne sont, je l'avoue, très rébarbatifs. Des propos "osés" ou "avant-gardistes" dans les années 1920 semblent bien fades avec notre regard contemporains. Néanmoins, de nombreuses pensées méritent encore que l'on s'arrête un peu pour les lire et relire :

"Le passé se déforme d'autant plus que nous recourons à nos souvenirs."

"La connaissance de l'immortalité diminuerait tellement la valeur de la vie actuelle, qu'on conçoit que cette connaissance, au cas où il y aurait un Dieu, nous soit dérobée."

"La vie deviendrait intolérable si chacun recevait son juste salaire."

"La peur, quelle source d'intelligence et de création ! Voyez se lever la tête de l'animal effrayé, voyez ces prunelles palpitantes : tout soudain la brute morne s'est nimbée de vie, sa conscience s'est décuplée."

"L'instinct étant une connaissance faite, et si bien faite qu'elle ne décèle plus son origine, il est absurde de le comparer à l'intuition. L'instinct répète, l'intuition découvre."

"Rien ne se perd ? Quelle dérision ! Le plus infinitésimal des changements est une perte."

"Mes barrières font ma puissance, mais elles m'étouffent."

"Qu'est l'arrière plan du ciel sinon un peuple d'atomes ?"

"Le travail humain est la plus colossale destruction qui se soit produite à la surface de la planète."

"Puisque je me fais constamment des mensonges pour me consoler ou me donner du courage, comment éviterais-je d'en faire à autrui ?"

"Je comprends mal la vanité posthume. Toutefois, je sens bien que je vise une certaine immortalité pour mes livres — ce qu'au fond je juge inepte."

"La science pure est la bravoure suprême de l'esprit."

"Il y a du criminel dans tout homme politique." [hélas, peu de changements depuis les années 20...]

 

Terminons avec celles qui sont, très certainement, mes préférées :

"Nous détruisons partout la vie supérieure ; la vie inférieure « aura notre peau »."

"Pour conjurer un péril soudain, l'intelligence ne vaut rien."

"Je trouve la prière absurde, mais, au fond, je prie. Et je touche du bois."

"Au point de vue de l'espèce, tout individu n'est qu'une tentative, ou, si l'on préfère, une expérience."

"Si les microbes étaient seulement aussi intelligents que des guêpes, l'humanité leur serait complètement asservie."

 

Un dernier point : Lionel Évrard évoquait, dans son article, la vision qu'avait J.-H. Rosny aîné de la femme et de son rôle. Si, effectivement, certaines "pensées" sont malheureuses, d'autres sont de véritables hommages à la femme, telle celle-ci :

"Nous ne vivons que pour l'avenir, et qu'est la femme, sinon le plus grand avenir ?"

J.-H. Rosny aîné "Pensées errantes" (Figuière - 1924)J.-H. Rosny aîné "Pensées errantes" (Figuière - 1924)J.-H. Rosny aîné "Pensées errantes" (Figuière - 1924)

J.-H. Rosny aîné "Pensées errantes" (Figuière - 1924)

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