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J.-H. Rosny

Un précurseur : A. Blondeau, des Gaulois, un Mammouth et un Diplodocus (1909)

25 Mars 2014, 21:13pm

Publié par Fabrice Mundzik

"Un point d'histoire éclairci", écrit et illustré par A. Blondeau, fut publié dans Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

Ce texte met en scène, des années avant J.-H. Rosny aîné, des Gaulois en compagnie d'un Mammouth.

Pour mémoire, le roman "Ambor le Loup" ne sera publié que fin 1931 !

"Ambor le Loup", épuisé depuis des années, est de nouveau disponible dans "Les Conquérants du feu et autres récits primitifs" [La Légende des Millénaires, 1 - Origines] (Les Moutons électriques - 2014). Ainsi que "Dans la forêt gauloise", un des rares textes de J.-H. Rosny aîné ayant pour cadre la Gaule.

Non seulement A. Blondeau précède le vieux Maître d'une vingtaine d'année, mais il va encore plus loin, en ajoutant aux gaulois un animal de compagnie qui n'est autre... qu'un jeune Diplodocus !

Un texte délicieusement anachronique et... foutraque !

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

1. — Je parie, ami lecteur, que vous ne vous êtes jamais demandé comment les hommes qui habitaient primitivement des caverne avaient été amenés à construire ces élégantes maisons à 2, 3, 4, 6 et même 8 étages, qui font la joie de nos yeux et l'orgueil de notre civilisation... Eh bien, moi, A. Blondeau, toujours soucieux d'apporter en ces pages l'expression de la plus scrupuleuse vérité, j'ai puisé aux sources...

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

2. — ... les plus pures de notre histoire, et voici ce que j'ai découvert dans les papyrus jaunis par la poussière du temps. Or donc, en l'an 2200 du monde, autrement dit 1790 avant J.-C., alors que quelques Gaulois occupaient l'emplacement de Paris, qui ne s'appelait même pas encore Lutèce à cette époque, le nommé Wyjtakin Lasdetreff s'aperçut un beau matin que décidément ses appartements étaient humides. Les champignons poussaient à tire larigot le long des murs de sa caverne, il avait trois centimètres de rouille quand il se réveillait le matin, sur les ongles des pieds...

 

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

3. — ... et la mousse poussait, folichonne, dans ses oreilles... Il n'y avait vraiment plus moyen d'y tenir... Wyjtakin prit un parti héroïque qu'il annonça à sa petite famille, donna congé à son propriétaire, et dès le lendemain, après avoir entassé ses meubles dans une voiture de déménagement, il partit, suivi de tout le monde.

 

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

4. — ... à la recherche d'un local plus confortable. Seulement, voilà !... Il y avait un cheveu, et ce cheveu, c'était ses douze enfants ! Or, à cette époque lointaine, les propriétaires ressemblaient déjà terriblement à ceux d'aujourd'hui. — Douze enfants !... lui répondit le premier concierge auquel il s'adressa... Non, mais !... vous n'y pensez pas ! Douze enfants !... non, non... le propriétaire ne veut rien savoir... Impossible de vous louer, cher monsieur, j'ai bien l'honneur !... Un peu surpris, car enfin, après tout, quand on a douze enfants, on ne peut pourtant pas les faire monter en épingle de cravate, Wyjtakin repartit suivi...

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

5. — … de toute sa petite famille et dégota une autre caverne à louer, adossée à la montagne Saint-Geneviève. Là, ce fut une autre histoire. Le concierge marchait bien pour les douze enfants, seulement il ne fallait pas d'animaux dans la maison. Or Wyjtakin avait un jeune Diplodocus auquel il tenait beaucoup, car c'était un cadeau de noces, et un vieux mammouth qui lui venait de son arrière grand-père. Il n'insista donc pas, et la petite caravane reprit une autre direction... Hélas ! l'infortuné visita 643 cavernes et se heurta partout à la même réponse :

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

6. — Pas d'animaux !... Pas de belles-mères ! pas d'enfants !... Formule consacrée, absolument comme de nos jours, d'ailleurs, tant il est vrai que plus ça change et plus c'est la même chose ! A la fin, le malheureux dut se résigner à s'installer sous l'unique pont de la cité, sous la garde du vieux mammouth Sakabross, qui n'avait pas son pareil pour éloigner les Apaches de ce temps lointain.
Le lendemain, Wyjtakin se réveilla affreusement courbaturé et se dit : « C'est pas tout ça, mais faudrait voir à voir. » Fort de ce raisonnement, qui sans en avoir l'air ne manquait pas d'une certaine énergie, il reprit seul, cette fois (malin, va!) le chemin de la ville et tomba en arrêt devant un écriteau tentateur. Il entra, visita les lieux, et comme il paraissait un brave homme, le concierge...

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

7. — ... lui loua moyennant 700 deniers tournois par an (quelque chose comme 58 sous de notre monnaie actuelle, ce qui tendrait à prouver que les loyers d'autrefois étaient moins chers que ceux d'aujourd'hui.
Enfin !... Il était casé !... Je n'ai pas besoin de vous dire si Wyjtakin radina chercher toute sa smala et battit tous les records pour l'amener à la caverne qu'il venait de louer.
Quelqu'un qui fut figé, ce fut le concierge...
— Quoi !... s'écria-t-il, c'est pas à vous tous ces gosses-là !...
— Comment, pas à moi, répondit Wyjtakin... Eh ben, vous en avez de bonnes, vous, à qui voulez-vous qu'ils soient ?...
— Ah ! mais... mais... mais alors ça change... fallait me le dire...

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

8. — … Je ne marche plus, moi... Ah ! mais non... J'ai ordre du propriétaire, pas d'enfants !...
— Ah ! ben, voilà qui m'est égal, par exemple, répondit Wyjtakin en tirant de sa peau de bique le papyrus sur lequel le bail avait été passé... J'ai mon engagement de location signé, pas vrai... Et y a d'écrit que je dois occuper les locaux « en bon père de famille », eh ben, je crois que je remplis les conditions... Si vous trouvez que d'avoir douze gosses ça n'est pas la marque « bon père de famille »... Alors, quoi !... Qu'est ce qu'i faut !... Le concierge se montra intraitable... ^Devant un refus aussi catégorique...

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

9. — ... Wyjtakin fit ce que vous et moi auriez fait à une époque où les lois n'étaient pas encore créées. Il tira sa bonne hache de silex et tomba en arrêt devant celle du concierge récalcitrant.
Ce ne fut pas long... Au premier round Wyjtakin, ouvert en deux jusqu'au nombril, roula dans la poussière et trouva le moyen avant de rendre l'âme, de recommander sa femme et ses enfants à son adversaire.
Celui-ci fut atterré... Cependant comme c'était un homme d'honneur...

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

10. — ... il n'hésita pas, et le soir même (ça ne traînait pas dans ce temps-là), la femme de feu Wyjtakin Lasdetreff devint Mme Isocrate Laloyau. Mais, alors, une chose à laquelle personne n'avait songé, vint plonger le malheureux concierge dans un océan de stupeur... Où allait-il loger sa nouvelle famille. Il ne pouvait la caser chez lui, puisque le propriétaire ne voulait rien savoir, d'un autre côté, il ne pouvait s'en séparer, puisqu'il l'avait prise à sa charge... Alors !... Alors une idée de génie, comme en ont seules les natures d'élite, vint auréoler...

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

11. — ... son front d'un pur rayon de gloire... — Ni chiens, ni enfants, a dit le propriétaire... C'est bien. Il n'en aura pas... J'habiterai en bas avec ma femme, et mes enfants logeront au-dessus de moi. En conséquence, comme le terrain appartenait à tout le monde, il dégringola le soir même une quinzaine de quartiers de roche d'une carrière voisine, et le lendemain, ses contemporains épatés, purent contempler une chose à laquelle ils n'avaient jamais pensé : La première maison à plusieurs étages.
Depuis on a fait moins solide... mais c'est bien plus cher !...

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

A. Blondeau "Un point d'histoire éclairci" in Les Récits de la jeunesse n°38 du 1er mars 1909.

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