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J.-H. Rosny

Allusions : Edouard Aidans "Tounga" (1974)

11 Mars 2014, 14:38pm

Publié par Fabrice Mundzik

Le dossier "Les héros par la bande", consacré à Tounga, fut publié dans 24 Heures du 24 mai 1974. Il est simplement signé R. N.

Vêtu de peaux de bêtes et de probité virile, musclé comme un premier prix de concours culturiste, le regard aigu, les maxillaires saillants, le menton carré, voici Tounga. Un héros de la préhistoire, tel que les Rosny le rêvèrent, et tel qu'Edouard Aidans a su le dessiner. Magnifiquement.

Aidans n'est pas très grand, pas sauvage, pas le client d'une salle de culture physique :

— Je suis d'une nature très douce, très compréhensive, très sensible aussi, me dit-il. Je hais la violence. Quand je fais de la violence, je dois me forcer...

Paradoxes ! Dans le cadre d'une préhistoire certes assez « littéraire », Tounga est une bande qui déborde plutôt de combats sauvages, de torrents en furie, de fauves gigantesques prêts à broyer les malheureux « deux pattes » qui passent à leur portée, voire de tremblements de terre et d'éruptions volcaniques. Il faut bien que jeunesse — de la Terre s'entend — se passe !

Autour de Tounga, divers personnages : les Ghmours, c'est le nom, très Rosnyen, de sa horde, Nooum le boiteux et son tigre-sabre, Ohama, la compagne de Tounga. Et surtout la nature, peut-être le premier personnage de cette belle BD. En tout cas un personnage essentiel.

Edouard Aidans a acquis un métier très sûr, très affirmé, au fil d'une carrière où l'on relève un grand nombre d'histoires complètes pour le journal « Tintin », pendant quatre ou cinq ans — puis une série d'aventure, les « Franval », et il y a dix ans enfin, « Tounga ». Je précise qu'outre cette BD préhistorique, Aidans dessine, sur scénario de Greg, une bande remplie de fort plaisantes représentantes du beau, sexe, intitulée « Les Panthères ». On ne sort pas de la nature...

— Mais Tounga reste le personnage le plus important pour moi, dit-il, celui auquel je reste le plus attaché, après sept ou huit aventures, toutes parues en album. L'origine de Tounga : réminiscence de lecture bien sûr — les Rosny — mais aussi volonté de créer un personnage original. Et puis je suis un grand ami de la nature...

— Vous travaillez avec de la documentation ?

— Oui, j'ai réuni un maximum de documents susceptibles de m'apporter les informations utiles. Le reste, c'est de l'imagination. Que voulez-vous, je n'ai pas pu, comme certains de mes collègues, qui font des séries contemporaines, me rendre sur place !

On sent qu'Edouard Aidans ne le regrette pas vraiment : les personnages, les paysages de la préhistoire étaient peut-être beaux et puissants, mieux vaut les voir en BD qu'en réalité... Question de confort !

D'autant plus qu'Aidans a su donner de cette préhistoire, en partie imaginée, un dessin convaincant. Plus fascinant parfois, lorsque, découpant en quatre ou cinq images le combat d'un homme et d'un fauve, il multiplie les attitudes, les angles de prise de vue : le nom d'un autre grand créateur vient alors à l'esprit, celui de Burne Hogarth, le plus doué des dessinateurs de Tarzan. La comparaison n'est nullement forcée, je dirais même qu'on rencontre rarement chez Aidans cet « académisme » qui irrite parfois chez l'illustre créateur américain.

Comment se fait-il alors qu'Edouard Aidans n'ait pas — en dehors des fidèles lecteurs de « Tintin » — la notoriété à laquelle son talent et son métier lui donneraient droit ? Peut-être, pour lui comme pour bien d'autres, les limites des publications pour la jeunesse l'empêchent-elles de « durcir » de manière plus adulte son récit, bien qu'il, m'ait dit vouloir rendre à l'avenir « plus sauvage » son monde préhistorique ? Ou bien - serait-ce la publication en albums brochés bon marché qui — m'a affirmé un homme qui connaît bien le commerce des « petits Mickey » — serait nuisible aux gros tirages ?

Dommage, quoi qu'il en soit. Car « Tounga » est une très belle bande dessinée, une bande pour laquelle j'ai une prédilection particulière et que je place — dans le style réaliste qui est le sien — au premier rang.

Que voulez-vous, moi aussi, j'aime la préhistoire de l'imaginaire, et les tigres-sabres de papier...

R. N.

Albums « Les nouvelles aventures de Tounga » parus dans la collection Jeune Europe (Dargaud / lnterpresse, Lausanne).

A lire aussi (sur www.bedetheque.com) :

Tounga (Brochée)

Tounga (Cartonnée)

Tounga (Intégrale)

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