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J.-H. Rosny

Allusions : Alfred Jarry "Les jours et les nuits" (1897)

10 Novembre 2013, 15:36pm

Publié par Fabrice Mundzik

Par l'intermédiaire du Club des Saventuriers sur Facebook, Serge Lehman nous signale une allusion aux Xipéhuz de J.-H. Rosny aîné dans "Les jours et les nuits (roman d'un déserteur)" (1897) d'Alfred Jarry.

Mon édition étant la même que celle de Serge Lehman, la recherche fut rapide grâce à ses indications précises : livre V, chapitre IV [page 825 des Œuvres Complètes tome 1, la Pléiade].

Voici le passage concerné (Les Xipéhuz sont cités deux fois, pages 825 et 826) :

"Sengle n'écoutait plus les propos affolés, son regard se fixait comme celui de l'homme à l'arbre, lequel, tenant son bâton par le milieu, le laissait lentement tourner, presque vertical, génératrice de deux cônes superposés opposés par le sommet, du fluide hors-naturel des halos des corps. Un Xipéhuz (2) naissait debout et lumineux, et l'homme des bois parla génialement dans l'air visqueux, avec trois cents ans entre chacune de ses paroles, et Sengle écoutait dans l'éternité.

L'HOMME DES BOIS : J'ai vu un brouillard d'enfer... Oh ! je suffoque, oh ! que c'est joli... oh ! comme ça se tient ! Ô le centre. Et là, c'est une molécule. Le centre, c'est merveilleux. Le centre, oh ! il est beau. Oh là ! le centre. Ô le centre de Dieu. Et sa périphérie. Une périphérie n'a qu'un centre. Il y a des jardins. Ô la fatigue du mouvement. Je sens une périphéresthésie... Oh là.

Neuf cents ans, puis il marcha vers les autres, et, dieu condescendant, simple dit :

« Je suis l'homme des bois. »

Neuf cents ans.

« Oh ! voilà que ça tombe. »

Neuf cents ans de la chute lente du bâton dans l'éther consistant.

« J'ai de la glace autour de ma canne. Oh ! elle tourne. Tu tournes autour de mes idées. Mais mes idées ne sont pas rondes. Pentagonales. Le pentagone est fait de droites. Une idée, ça n'est pas un chemin, elle n'est pas sinueuse. Ça c'est un raccord, un ressemelage... »

Sengle méditait qu'il avait dit PÉRIPHÉRIE et non surface, que le Xipéhuz était donc vivant. Le fluide de l'homme heurta Sengle et très douloureusement l'homme geignit encore :

« Oh là, Monsieur. »

Et il redisparut pour quelques années dans la buée opaque [...]"

Voici les notes qui suivent le texte :

Trois erreurs en trois lignes... Belle performance !

  • L'édition de 1887 fut publiée chez Albert Savine. Pour une édition au Mercure de France, il faudra attendre 1910...
  • Les Xipéhuz ne sont pas, jusqu'à preuve du contraire, des "êtres extra-terrestres". Rien de permet de l'affirmer, il s'agit plutôt de créatures issues d'un "autre Règne" — une vie minérale intelligente : "Quelle que fût la nature des Formes, elles agissaient à la façon des êtres, nullement à la façon des éléments, ayant comme des êtres l'inconstance et la diversité des allures"
  • Les Xipéhuz ne sont pas invisibles : "il est aisé de voir qu'ils le dirigent à leur gré. On les voit s'arrêter brusquement, se tourner, s'élancer à la poursuite les uns des autres, se promener par deux, par trois [...]"

 

Désolé pour la qualité des scans, mais exploser une édition de La Pléiade est absolument exclu...!

Allusions aux Xipéhuz dans Alfred Jarry "Les jours et les nuits " (1897)

Allusions aux Xipéhuz dans Alfred Jarry "Les jours et les nuits " (1897)

Allusions aux Xipéhuz dans Alfred Jarry "Les jours et les nuits " (1897)Allusions aux Xipéhuz dans Alfred Jarry "Les jours et les nuits " (1897)

Allusions aux Xipéhuz dans Alfred Jarry "Les jours et les nuits " (1897)

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