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J.-H. Rosny

André Billy "Propos du samedi : Rosny aîné a-t-il été un méconnu ?" (24 février 1940)

4 Février 2013, 17:32pm

Publié par Fabrice Mundzik

André Billy "Propos du samedi : La rue de Rennes barrée. Rosny aîné a-t-il été un "méconnu" ? Le désintéressement d'un savant de laboratoire. Etroitesse des choses de chez nous" fut publié dans Le Figaro du 24 février 1940 :

Pauvre grand Rosny ! Si, du haut de son balcon, il avait vu la rue de Rennes barrée en son honneur, s'il avait vu le drapeau de la garde républicaine flotter sous ses fenêtres et s'incliner à sa sortie de la maison, s'il avait entendu les clairons déchirer l'air pour y propager sa gloire, peut-être se serait-il senti payé de son long et prodigieux labeur. Mais il ne pouvait plus rien voir ni entendre.

Après tout, me disait quelqu'un, si cet appareil militaire a été déployé pour lui, c'est parce qu'il était grand-officier de la Légion d'honneur, et s'il était grand officier, c'est que la République sait reconnaître parfois le génie. Président de l'Académie Goncourt, grand-officier, titulaire d'une pension d'honneur de l'Education nationale, Rosny n'a pas eu trop à se plaindre. Il ne faudrait tout de même pas comparer le sort de ce "méconnu" à celui d'un Barbey, d'un Villiers ou d'un Bloy Méconnu, Rosny ne l'a été que du grand, du très grand public dont un bon écrivain peut se passer.

Sans doute, et je ne vois à peu près rien à redire à cela. N'empêche qu'avec sa fécondité, son universalité, ses dons, Rosny eût mérité mieux que ce qu'il a eu. Il avait l'envergure d'un romancier de cette classe internationale où nous avons vu, ces dernières années, un Romains, un Duhamel et un Maurois succéder à un Anatole France, et il ne s'en est approché à aucun moment, il n'a jamais eu son heure. La raison en est probablement qu'il n'a pas essayé de l'avoir. Les grandes réputations supposent le grand talent, mais elles n'en sont pas le fruit spontané.

Elles réclament beaucoup d'énergie, d'ambition et de suite dans les idées. Or, à côté de son génie littéraire, Rosny nourrissait le désintéressement d'un savant de laboratoire. Il ne lui est jamais entré dans l'esprit d'utiliser la politique à des fins de popularité. Il était social, mais il n'était pas socialiste. L'auteur du Bilatéral et de La Vague rouge aurait ri de se voir sur une tribune de réunion publique.

Les tournées de conférences n'étaient pas non plus son affaire, et ici on peut bien parler de sa surdité qui l'isolait dans un monde à part et le frappait d'une inhibition ressentie par contre-coup de tous ceux qui se seraient plu à lui faire cortège.

Cela dit, l'impression reste, après la mort de Rosny, que la France ne sait pas faire à ses meilleurs écrivains le sort qui devrait être le leur sans qu'ils eussent à bouger le petit doigt, alors qu'au contraire on les voit courir les universités et les salons pour arriver à être de l'Académie et gagner en dollars et en livres sterling de quoi payer le standing exigé par leur besoin de connaître le monde et de renouveler leur expérience.

Dans son petit appartement, si bas de plafond, en haut de son ascenseur si incommode. Rosny était, rendu plus évident par l'ampleur de son cerveau, le symbole de cette étroitesse à laquelle on voudrait ne pas être obligé de constater que se mesurent presque toutes les choses de chez nous.

A lire aussi :

Anonyme "A la mémoire de Rosny aîné" in Le Figaro Littéraire (1957)

Discours de Jean Vignaud pour les obsèques de JH Rosny aîné (1940) sur ArchéoSF

Le Figaro du 24 février 1940.

Le Figaro du 24 février 1940.

André Billy "Propos du samedi : La rue de Rennes barrée. Rosny aîné a-t-il été un "méconnu" ? Le désintéressement d'un savant de laboratoire. Etroitesse des choses de chez nous." in Le Figaro du 24 février 1940.

André Billy "Propos du samedi : La rue de Rennes barrée. Rosny aîné a-t-il été un "méconnu" ? Le désintéressement d'un savant de laboratoire. Etroitesse des choses de chez nous." in Le Figaro du 24 février 1940.

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