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J.-H. Rosny

Robert Netz "Un tour de force cinématographique : La Guerre du Feu" (1981)

7 Mars 2014, 23:37pm

Publié par Fabrice Mundzik

"Un tour de force cinématographique : La Guerre du Feu", par Robert Netz, fut publié dans le journal 24 Heures du 22 décembre 1981.

Un tour de force cinématographique
La Guerre du Feu

Bien que cette fin d'année ne soit cinématographiquement pas triste, cette « Guerre du Feu » en constitue indiscutablement la divine surprise.

Autre chose qu'un documentaire — qui aurait été de toute façon truqué au départ, compte tenu de notre ignorance de ces âges farouches, comme disait Rosny — et bien mieux qu'une machine hollywoodienne : « La Guerre du Feu » qui adapte librement le célèbre roman de Rosny aîné, est une splendide évocation, à mi-chemin de la science et de la poésie, des commencements de l'humanité. Elle me semble prolonger, amplifier plutôt, ces quelques images inoubliables du « 2001 » de Stanley Kubrick qui évoquaient l'aube balbutiante de la civilisation. Si vous ne voyez qu'un film en cette fin d'année, ce doit être celui-là...

A tout point de vue, c'est un véritable tour de force qu'a réussi là le Français Jean-Jacques Annaud, auteur de « La victoire en chantant », de « Coup de tête », et réalisateur de cette coproduction internationale.

Tour de force de son obstination — il porte le projet depuis 1978 — d'un budget de 12 millions de dollars sans aucune vedette, de conditions de tournage terriblement éprouvantes — de l’Écosse au Kenya en passant par le Canada — de multiples contraintes à la fois scientifiques et techniques.

Sans parler d'un sujet passablement « casse-gueule » lorsqu'il n'est plus porté par le lyrisme narratif du grand Rosny. Qu'on en juge : il y a 80 000 ans, sur une Terre quasiment déserte que se disputent l'homo-sapiens — la race qui monte ! — et les Néanderthaliens velus, une tribu se fait voler le feu. Comme elle sait le conserver, mais pas le produire, trois hommes de la tribu, Naoh, Amoukar et Gaw, partent à sa recherche : c'est le début d'une suite de combats contre des Néanderthaliens anthropophages, des mammouths, des lions-sabres et aussi contre leur propre animalité. Au terme du voyage, une femme d'une tribu de « sapiens » qui sait produire le feu apportera au chef du trio la révélation de cette maladie propre à l'humain qu'on appelle l'amour...

Sous l’œil de Desmond Morris

Pour ne pas sombrer dans le série B rigolard, pour nous donner à voir l'obscurité sauvage d'où nous venons, il fallait une foi dans le sujet et une rigueur dont on peut créditer non seulement Annaud mais toute l'équipe du film. Chargés d'un invraisemblable maquillage qui est à lui seul un exploit, les comédiens ont travaillé dans des conditions difficiles : la jeune Rae Dawn Chong — qui apprend le feu et l'amour à Naoh — traverse tout le film — et des températures proches du zéro ! — vêtue de ses seules peintures rituelles. Le film y gagne une authenticité que renforce la gestuelle, étudiée par les acteurs avec un professeur de mime passionné de préhistoire, sous la direction de l'anthropologue Desmond Morris. Quant au langage, il a été forgé sur une base indo-européenne par l'écrivain Anthony Burgess. « Travail arbitraire fondé sur des conjectures reconnaît Burgess, mais je n'ai utilisé que des sons qui existent dans nos langages et qui doivent avoir une origine extrêmement ancienne. »

Un feu dans la nuit des temps

Dans « La psychanalyse du feu » — qu'a dû lire Jean-Jacques Annaud — Gaston Bachelard note que « l'appel du bûcher reste un thème poétique fondamental ». Le film s'ouvre et se ferme en effet sur un bûcher, seule lumière brillant au loin dans un terrifiant décor de falaises nocturnes, un feu perdu dans la nuit des temps et protégeant de sa rouge magie les humains qui se serrent autour de lui.

Ainsi est donné le ton de l'un des rares chefs-d’œuvre qu'ait inspirés au cinéma la préhistoire : sans nier les droits de l'aventure — parfois fort divertissante — Annaud, le scénariste Gérard Brach et leurs collaborateurs ont voulu dire en images, avec une certaine gravité, les premières émotions de l'homme, « cet étranger perdu dans un monde menaçant et muet », notre ancêtre... Leur film gagne en profondeur ce qu'il perd en pittoresque : non, grand-papa des cavernes n'était pas un bel athlète blond roulant des mécaniques sous l’œil ébloui de Raquel Welch, mais ce Prométhée hirsute voleur de feu, hésitant — et pour longtemps ! — entre la bête et l'ange... (Métropole)

Robert Netz

A lire aussi :

Gérard Brach "Quest for Fire : Movie script - first draft" (1979)

Gérard Brach "Quest for Fire : Movie script - second draft" (1979)

Dossier de presse du film "La Guerre du Feu" de Jean-Jacques Annaud (1981)

Robert Netz "Un tour de force cinématographique : La Guerre du Feu" in 24 heures du 22 décembre 1981.

Robert Netz "Un tour de force cinématographique : La Guerre du Feu" in 24 heures du 22 décembre 1981.

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