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J.-H. Rosny

J.-H. Rosny, critique littéraire : Louis Figuier

14 Mars 2013, 12:44pm

Publié par Fabrice Mundzik

Ecrivains, philosophes, essayistes, les frères J.-H. Rosny écrivirent aussi, à l'occasion, des critiques littéraires ou théâtrales.

Cette chronique théâtrale, qui semble bien être de la seule main de Joseph-Henri, fut publiée dans La Revue Indépendante de février 1890 et présente une série de comédie et de drames, La Science au Théâtre, de Louis Figuier :

 

"Le nom de M. Louis Figuier éveille en moi des souvenirs très aimables de lectures faites pendant l'adolescence. Je tiens que son œuvre de vulgarisation scientifique a été utile et bienfaisante non seulement à toute une génération de jeunes hommes, mais encore à des personnes de tout âge qui ont pu, par son intelligente mise au point, comprendre de belles choses qui les eussent rebuté dans les livres rébarbatifs de la grande science. J'ajouterai que même après s'être occupé de problèmes ardus, on peut trouver plaisir et profit à relire les Merveilles de la Science, les Mystères de la Science, etc.

M. Figuier nous présente aujourd'hui La Science au Théâtre, une série de comédie et de drames dont l'intérêt est vif, le dialogue précis, spirituel et poétique, les péripéties émouvantes et ingénieuses. Signalons tout particulièrement Gutenberg, le Mariage de Franklin, Denis Papin, Keppler, etc. (1)

Nous sommes de ceux qui souhaitons que ces pièces réussissent à supplanter un certain nombre d'inepties théâtrales, de bas et vil comique, de farces abêtissantes dont quelques impressarios pourrissent le peuple. Mais laissons ici la parole à M. Figuier qui défend excellemment sa thèse :

« Après avoir réussi il y a vingt-cinq ans, à vulgariser la science par le livre, j'essaye aujourd'hui de la populariser par le théâtre.

On n'a jamais suffisamment compris l'influence que le théâtre pourrait exercer sur les mœurs publiques. L'écrivain dramatique dispose, chaque soir, pendant plusieurs heures, de l'attention des foules. Peut-on désirer un moyen plus puissant pour agrandir l'intelligence, pour répandre le savoir ? Cependant, dans aucun pays, ni les gouvernements, ni les municipalités, ni les académies, ni les philanthropes, ni les amis du progrès, n'ont songé à faire agir ce puissant levier dans un but d'instruction et de moralité. C'est d'un œil indifférent que l'on voit en France, le théâtre, déviant de la voie littéraire qui fit autrefois sa gloire, ne s'occuper que de parler aux yeux, ne s'attacher qu'au luxe de la mise en scène, ne s'appliquer qu'à chercher, pour le spectateur, toutes sortes d'excitations sensuelles. On ne s'inquiète pas davantage de voir, chez toutes les nations de l'Europe, les masses populaires s'engouffrer dans les cafés-concerts, pour s'y enivrer d'alcools et de tabac, pour s'y repaître de platitudes et d'obscénités.

J'ai toujours pensé que le théâtre pourrait contribuer à moraliser le peuple, en mettant sous ses yeux les grands enseignements qui résultent de la vie et des actions des savants illustres, et en l'initiant, sous le couvert d'une action dramatique, aux grandes vérités pacifiques.

La science a, de nos jours, transformé le monde. Se mêlant de plus en plus à notre existence, elle a largement accru le bien-être des individus. Elle a facilité les rapports des peuples entre eux, et prodigieusement multiplié les voies de transport et de communication. Elle a révolutionné la production industrielle, changé l'esprit et les bases du commerce, et modifié l'art de la guerre, dans ses diverses parties. La littérature et la philosophie commencent à ressentir son influence, et ne peuvent plus négliger, ni ses principes ni ses découvertes. Pénétrant partout, la science doit forcément s'introduire au théâtre, et elle y fera éclore un genre nouveau, qui aura pour caractère d'être honnête, instructif et moralisateur. »

J.-H. ROSNY"

 

(1) Les six parties du Monde, pièce en dix tableaux, a été représentée avec beaucoup de succès à Cluny et en province, de même le Mariage de Franklin, le Jardin de Trianon, Miss Telegraph, le sang du Turco, aux Menus-Plaisirs, De même encore Denis Papin à la Gaieté.

J.-H. Rosny, critique littéraire : Louis Figuier in La Revue Indépendante de février 1890J.-H. Rosny, critique littéraire : Louis Figuier in La Revue Indépendante de février 1890

J.-H. Rosny, critique littéraire : Louis Figuier in La Revue Indépendante de février 1890

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