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J.-H. Rosny

Maurice Verne "Les Mille et un Jours" (1924)

4 Février 2015, 13:39pm

Publié par Fabrice Mundzik

"Les Mille et un Jours", par Maurice Verne, fut publié dans Paris-Soir n°412 du 20 novembre 1924.

A lire aussi :

Publicité pour Le Journal de la Femme du 12 novembre 1932

J.-H. Rosny Jeune "Frans Hals" (Nilsson - 1924)

et sur le Blog dédié à Renée Dunan :

Maurice Verne à Renée Dunan : L.A.S. du 2 avril 1921

Eric Walbeck "Cinq lettres de Renée Dunan à Maurice Verne" (2000)

Maurice Verne "Les Mille et un Jours" (1924)

Un aîné. — On va fêter J.-H. Rosny aîné, il faudrait, nous dit-on, que le banquet rappelât le couvert des mille offert aux Goncourt et que Jean Lorrain nous dépeint avec saveur. Ah ! mon cher maître, comme je vois d'ici votre bon et désabusé sourire !...

Avec son visage immobile, mieux : serein, ses longs cheveux, son regard direct, sa tenue sévère, J.-H. Rosny fait penser à l'un de ces scrupuleux Oud bisschoppeelijke, les vieux catholiques de Hollande, dont les ancêtres furent excommuniés par Rome et qui continuent Jansénius, après que les leurs l'ont précédé. Ces hommes jugent à la façon des grands solitaires. Quand l'un de leurs évêques me parlait de Dieu, je m'imaginais l'effroi et l'adoration d'Elie dans son ascèse.

Pourquoi Rosny aîné me rappelle-t-il ces docteurs ? Est-ce par cette lenteur, toute nordique, de son parler, de ses manières, par ce visage digne du Frans Hals des Régents ou par, tout ensemble, cet air de là-bas, passionné en profondeur ? Les frères Rosny viennent d'une famille où le sang des Flandres s'allie au sang espagnol et français, les Boex. Je crois plutôt que le vieux maître prononce ce mot : « la nature » avec la même crainte et le même amour que le vieux catholique pour Dieu !

La nature !... Voilà son génie.

— Quand je suis dans une grande ville, me dit un jour Rosny aîné, ma chair a le même frisson élémentaire que l'homme primitif dans sa forêt... Ce sont toujours les mêmes activités que l'on trouve dans la vie, elles se sont simplement déplacées et montrent d'autres aspects. Ainsi le premier éveil de la nature humaine, nous le portons toujours en nous ; je puis donc voir avec les yeux neufs des premiers hommes de la planète... Si je quitte la ville et que je me plonge en pleine campagne, je me réjouis non pas parce qu'il y a des fleurs charmantes, de l'eau pleine d'images et un ciel fin ; non, il y a en moi un transport grave et harmonieux, indépendant de ma volonté... mon être s'accorde aux fonctions de la nature, je ne suis qu'une joie impersonnelle dans la tache joyeuse de tout...

Une telle position philosophique permet évidemment de passer très naturellement de la préhistoire à ce que nous appelons les derniers états de la civilisation. Elle amena Rosny à devancer Wells dans ses anticipations visionnaires. Mais on ne le sait pas encore dans le public. Fêtons donc le vieux maître pour que le public sache.

Maurice Verne

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