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J.-H. Rosny

Gaston Picard "Histoire des Treize" (1934)

13 Février 2015, 08:18am

Publié par Fabrice Mundzik

"Histoire des Treize", par Gaston Picard, fut publié dans Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques du 17 novembre 1934.

Cet article ne parle pas des frères J.-H. Rosny — mais je ne suis pas à une digression près !

Par contre, il évoque de nombreux journalistes et écrivains que J.-H. Rosny aîné connaissait : il les croisait régulièrement dans les locaux du journal l'Intransigeant.

Gaston Picard "Histoire des Treize" (1934)

Gaston Picard "Histoire des Treize" (1934)

Chez le Libraire du coin, ainsi s'appelait la première rubrique littéraire qui ait paru dans l'Intransigeant. Elle était rédigée par Charles Doury. Le nom de Charles Doury est peu connu. Il disparut trop tôt pour se réaliser pleinement. Au printemps de 1909, Charles Doury était mort. M. Ernest Gaubert reprit la rubrique littéraire de l'Intransigeant sous ce titre : La Boîte aux Lettres. Chez le Libraire du coin ou La Boîte aux Lettres paraissaient une fois la semaine. Ce n'était donc pas encore le courrier littéraire.

Mais le samedi 20 novembre 1909, La Boîte aux Lettres était signée « Les Treize ». Le lendemain, les jours qui suivirent, les Treize continuèrent d'analyser livres, revues, de publier potins, informations. La rubrique de l'Intransigeant, plus courte mais quotidienne, plus variée de ton, puisque rédigée par plusieurs rédacteurs, était promue courrier. Celui-ci a-t-il jamais cessé un jour de paraître ?

En août 1914, La Boîte aux Lettres devenait Les Lettres. En 1934, ce titre est le même. Et la signature n'a pas changé. Les Treize, qui furent tantôt moins, tantôt plus de treize, ont pu, les uns mourir, les autres passer de l'Intransigeant à un autre journal — y demeurer — ils sont toujours les Treize. Leurs noms, demandez-vous, Leur chef d'équipe, à l'origine,c'est Fernand Divoire.

Fernand Divoire, qui a conté à plusieurs reprises la genèse du courrier littéraire dont il eut si longtemps la direction, notamment dans la conférence qu'il faisait le 13 février 1914 aux Hautes Études sociales.

C'est, je crois, dans l'Intransigeant même, et sous la signature des Treize — Divoire n'était plus là — que quelques noms ont été dévoilés : celui de Divoire, naturellement, et ceux de René Bizet, Léon Deffoux, Emile Zavie, Louis Thomas, Alain-Fournier, Jean Pellerin, André du Fresnois. J'ajouterai : Olivier-Hourcade, Roger Allard (qui troussait de piquantes épigrammes) et bien d'autres, surtout si on veut nommer les courriéristes entre qui Divoire répartissait les livres pour comptes rendus, ainsi Louis Richard-Mounet, Paul Jamati, etc.

Mais les noms importent moins que la rubrique. Avec le courrier littéraire, dont c'est le 20 novembre 1934 le 25e anniversaire, s'ouvrait dans le journalisme et pour la littérature une ère d'essor, de renouvellement.

Côté journalisme, les quotidiens étaient dotés d'une rubrique toute neuve. Il y avait eu des précédent, des pages littéraires de Camille de Sainte-Croix dans la Bataille, du même et de René Barjean dans la Révolution, aux Notules de Paul Alexis (qui signait Trublot) dans le Cri du Peuple, et à la rubrique « Choses et gens de lettres » que Raoul Aubry avait tenue à peu près une année dans Gil Blas.

Mais ce n'était pas là le courrier littéraire quotidien.

Et si le courrier littéraire de l'Intransigeant ne comptait pas de devanciers, rapidement il compta des suiveurs : courriers littéraires du Paris-Journal de Gérault-Richard, avec Guillaume Apollinaire, puis Alain-Fournier, puis M. Pierre Lœwel et le signataire de ces lignes : de Comœdia, avec M. André Warnod ; de Gil Blas, et, c'est nommer Robert Veyssié, Léon Werth, André Salmon, etc. ; de Paris-Midi, où M. André Billy signait Jehan de l'Escritoire — à ne citer que quelques-uns. On sait que citer tous les courriers littéraires actuellement existant équivaudrait à citer tous les journaux.

Côté littérature, à une époque où le monde des lettres ne possédait pas, avec les Nouvelles Littéraires, son organe, quelle aubaine pour les écrivains, qui jusque-là n'avaient de chance d'être nommés dans un journal que s'ils avaient publié un livre — et encore !

Évidemment, quelques mots dans le courrier littéraire ne valaient pas l'article de Coppée lançant Pierre Louÿs, de Mirbeau célébrant Maeterlinck, de Barrès découvrant Mauriac. Mais la répétition d'un nom fait beaucoup pour persuader les confrères, le public, que l'auteur cité a une existence. Tous les espoirs d'être lu, connu, voire, apprécié, devenaient possibles, avec le courrier littéraire.

L'initiative a procuré à tel poétereau un semblant de gloriole que ses mauvais vers ne lui méritaient pas, diront les grincheux. Mais elle a permis au Cubisme, par exemple — et je ne fais pas allusion seulement au cubisme littéraire, puisque le courrier des arts, quotidien, alla sitôt de pair avec le courrier des lettres — de ne pas rester une curiosité d'atelier, d'être soumis au jugement du public.

Un Guillaume Apollinaire, sans les courriers littéraires, aurait-il survécu à son génie ? Il faut être deux pour être lu. Les courriers littéraires donnaient aux écrivains des lecteurs.

Gaston PICARD.

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