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J.-H. Rosny

Jean Dorsenne "Sous le même bonnet : Henri et Alex Ferenczi" (1929)

22 Novembre 2014, 15:30pm

Publié par Fabrice Mundzik

"Sous le même bonnet : Henri et Alex Ferenczi" est un article signé Jean Dorsenne, sur les éditions Ferenczi, qui fut publié dans L'Européen, hebdomadaire, économique, artistique et littéraire du 19 juin 1929.

Petite citation extraite de... wikipedia :

"Après 1934, Alexandre (1900-1943) et Henri (1894-1964), les deux fils de Joseph, reprennent les éditions."

Information contredite par cet article... (pourtant wikipedia est "une source fiable", c'est bien connu !)

La liste des ouvrages signés par les frères J.-H. Rosny, qui furent édités par les éditions Ferenczi, est trop longue pour être recopiée dans cet article.

Afin d'y accéder rapidement, cliquer sur ce lien : FERENCZI.

Jean Dorsenne "Sous le même bonnet : Henri et Alex Ferenczi" (1929)

Les Éditeurs par leurs auteurs

Sous le même bonnet : Henri et Alex Ferenczi

Un mystère, dit le catéchisme, est une chose que l'on ne peut expliquer. Mais l'esprit humain est ainsi fait, que cette explication impossible, on essaie à tout prix de la chercher. Au temps de ma prime jeunesse, le mystère de la Trinité divine m'intriguait. Depuis lors, j'ai vu que les mystères abondaient. C'est ainsi que dernièrement je me suis trouvé, sinon devant un autre mystère, du moins, devant une autre trinité. C'est celle de la maison Ferenczi.

Quand le lecteur achète un des derniers volumes à succès de la maison Ferenczi, un Chérau, un Colette, un Rosny jeune, par exemple, il ne se doute pas de la mystérieuse trinité que cache cette firme. L'éditeur, pour lui, c'est Ferenczi, Ferenczi tout court. Voulez-vous que nous entrions dans la peau d'un auteur et que nous rendions visite, à « l'entité » Ferenczi ?

Lorsqu'un jeune auteur se présente pour la première fois chez un éditeur, il n'est pas très rassuré. Je parle d'un jeune auteur et non d'un de ces vieux routiers, d'un de ces vétérans connaissant les tours et les détours du sérail littéraire.

Je sais telle maison dont l'aspect est rien moins qu'engageant. A qui s'adresser ? Au faux patron aimable et courtois, ou au vrai patron inquiet, fuyant, agité et insaisissable ?

La maison Ferenczi est située dans une rue paisible de Montrouge. Devant l'immeuble sérieux, honnête et cossu, stationne une belle et confortable auto. Allons, tout va bien, c'est celle des patrons.

A peine êtes-vous entré, que vous vous sentez rassuré. C'est que vous êtes reçu par le plus accueillant sourire d'une jeune et aimable caissière, qui vous fait bien augurer du reste.

— M. Ferenczi, s'il vous plaît ? demandez-vous, au premier, à l'étage des bureaux.

— Lequel ? M. Henri, ou M. Alex ?

Vous ignoriez cette dualité. Peu importe, d'ailleurs. On vous introduit dans une grande pièce, largement éclairée par des baies vitrées, donnant sur la rue.

De chaque côté d'une grande table bureau, deux jeunes gens sont assis. Ils se ressemblent... comme des frères. L'un, c'est l’aîné, Henri, est aimable et courtois, l'autre, le cadet, Alex, est courtois et aimable.

Ce n'est pas toujours très avantageux d'avoir à faire à deux personnes au lieu d'une seule. On a devant soi deux adversaires qui se renvoient la balle, jonglent avec vous, et ne vous laissent sortir que tondu et plumé... si l'on ose dire !

Rien de pareil à craindre avec les deux frères Ferenczi. Ils ont une grande ambition : c'est celle d'être les amis de leurs auteurs, et ils y ont réussi. Leur maison est la plus cordiale qui soit. Les auteurs ont des traités, parce que c'est l'habitude, mais ils pourraient aussi bien s'en passer. Je ne crois pas qu'il y ait d'exemple d'une contestation entre un auteur et les deux frères Ferenczi. Si vous vous êtes arrangé avec l'un, soyez sûr de l'assentiment de l'autre. Ils travaillent en commun et nul dissentiment ne vient jamais les-séparer. Les Tharaud ont écrit la « Chronique des frères ennemis ». Voilà un livre qui conviendrait bien mal à Henri et à Alex... Si l'on écrit un jour leur histoire, pourquoi ne l'intitulerait-on pas : Deux têtes sous un même bonnet ?

— Mais, direz-vous, si la maison Ferenczi est représentée par les deux frères, pourquoi avez-vous parlé, en commençant, d'une trinité ?

— Ah ! voilà ! c'est ici que le mystère commence. Les deux frères dirigent la maison, mais il y a encore le père. Le propre de Dieu le père, est d'être invisible, puissant et terrible. Ferenczi le père n'est pas invisible. On le voit parfois dans le bureau de ses fils. C'est un vieillard encore admirablement jeune, qui marche la tête haute et qui peut être fier de son œuvre. N'est-ce pas lui qui a fondé la maison ? Mais de même que Dieu le père, environné de nuages, lance la foudre sur les faibles humains, Ferenczi, le père, contrôle la maison de ses fils, et des hauteurs où il plane, gronde et tonne parfois comme Jupiter sur l'Olympe...

— Dans la Trinité divine, il y a le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Qui donc ici fait le Saint-Esprit ?

— Oh ! vous êtes trop curieux. Rappelez-vous seulement que l'esprit souffle où il veut...

Jean Dorsenne

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