Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
J.-H. Rosny

Jean Ajalbert "Chaque âge a ses plaisirs" (1936)

2 Octobre 2014, 07:53am

Publié par Fabrice Mundzik

"Chaque âge a ses plaisirs", par Jean Ajalbert, fut publié dans Le Petit Parisien du 9 mars 1936.

Chaque âge a ses plaisirs

Voilà une assertion à réviser. Il y a des âges gratifiés d'à peu près tous les plaisirs. A trente ans, où, d'abord, l'on vit sur « les revenus » de la santé. Entre ces deux âges, de vingt-cinq à quarante, où le passé est encore à portée du cœur, l'homme a gardé père, mère, frère, amis, tandis que, dans l'amour, il crée la nouvelle famille. La joie totale de vivre, sans regrets d'hier, avec tous les espoirs d'avenir. Tout à l'heure, ce seront les deuils en série des parents, des compagnons de jeunesse, voire des enfants prématurément arrachés au foyer. A la fatigue, naguère réparée spontanément, c'est le risque de la maladie. Les réserves sont épuisées. On entame le capital.

Chaque âge a ses plaisirs, Il faudrait interroger là-dessus les glorieux contemporains, J.-H. Rosny, le Dr Freud.

La gloire ? « Un cigare que l'on fume par le bout allumé », disait Alphonse Daudet. Une brûlure et de la cendre. Au soir de ces fêtes d'anniversaires, quelle mélancolie, certainement, chez les bénéficiaires. Ce sont des âges, instruits de la vanité des choses. Ils ne redoutent pas la conclusion, dont l'admiration dressée autour de leur génie peut voiler pour un jour, sans la retarder, l'échéance amère.

Chaque âge a ses plaisirs, et c'en est encore un — de commémorer les quatre-vingts ans d'un maître — plus certain pour les cadets qui manifestent que pour les aînés que l'on charge de fleurs et de couronnes.

Alors, ni fleurs ni couronnes ? Au contraire, on n'en répandra jamais assez sur la route froide qui aboutit aux ténèbres. Pourquoi cette borne de quatre-vingts ans, pourquoi un anniversaire de naissance, comme si le mérite consistait à avoir duré. Notre J.-H. Rosny n'était-il pas digne de l'hommage cinquante-deux semaines ou trente-six mois plus tôt ? Ainsi, je me rappelle le mot savoureux d'un bienfaiteur américain cher à tous les Français, Edward Tuck, dont on célébrait les quatre-vingt-quatorze ans :

— Hier, j'avais quatre-vingt-treize ans ; personne n'en parlait. Aujourd'hui, j'en ai quatre-vingt-quatorze : il paraît que c'est un événement...

Ne serait-il pas préférable de choisir, pour ces jubilés, l'anniversaire de l'entrée dans leur carrière de l'écrivain, de l'inventeur, de de l'avocat, de l'industriel, de l'homme d’État, au bout de trente, quarante ans ? Au calendrier des saints, ajoutons un almanach de la gloire vivante. Et pour ceux qui ont dépassé l’âge, comme J.-H. Rosny, on remettra ça pour ses quatre-vingt-dix ans, où il présidera encore l'académie Goncourt.

Dans un déjeuner, le Dr Voronoff lui vantait sa greffe rajeunissante :

— J'ai ai espéré que vous y viendriez ; je vous avais réserve mon meilleur singe, il y a quelques année.

— Cela agit-il longtemps ?

— Quatre, cinq ans.

Et J.-H, Rosny de réfléchir :

— Mais alors j'aurais usé le singe !

En effet, il suffirait de quelques solides clients comme l'auteur de Vamireh pour dépeupler Bornéo de ses primates !

Jean Ajalbert.
de l'académie Goncourt.

A lire aussi :

Greffes de singe : "Serge Voronoff (1866-1951), un médecin français d'origine russe, a défrayé la chronique avec ses xénogreffes (greffes où le donneur et le receveur ne sont pas de la même espèce). En l'occurrence, des greffes de testicules de singes à des centaines d'hommes en quête d'une virilité renouvelée."

Il transplantait des testicules de singes sur des humains : "Connaissez-vous l’incroyable histoire du Docteur Voronoff ? Celle d’un médecin qui fit fortune en greffant des testicules de singes à des notables impotents afin de leur redonner force et vigueur ?"

ainsi que sur le site dédié à Han Ryner : Vous laisseriez-vous greffer par le Docteur Voronoff ?

Jean Ajalbert "Chaque âge a ses plaisirs" (1936)

Jean Ajalbert "Chaque âge a ses plaisirs" (1936)

Commenter cet article