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J.-H. Rosny

Georges Champeaux "Frères Siamois : Les Rosny" (1935)

6 Octobre 2014, 10:27am

Publié par Fabrice Mundzik

"Les Rosny", par Georges Champeaux, un article d'une série sur les "Frères Siamois", fut publié dans Le Petit Parisien du 23 avril 1935

Frères Siamois : Les Rosny

De 1886 à 1908, M. J.-H. Rosny aîné a publié en collaboration avec son frère une trentaine d'ouvrages. Seul, il en a écrit depuis un nombre égal. Roman psychologique, roman social, roman historique, roman philosophique, roman scientifique, il a abordé victorieusement tous les genres et a créé le roman préhistorique [à ce sujet, lire : Un précurseur : Elie Berthet et les romans préhistoriques]. Peu d'hommes auront remué autant d'idées et gouverné des rêves aussi divers. A notre époque de spécialisation extrême, il a gardé l'énorme appétit intellectuel d'un Rabelais ou d'un Vinci.

C'est à tout cela que je pense en m'asseyant en face de lui dans son salon de la rue de Rennes. Des phrases de l'hymne de Gautier aux « grands » du XVIe siècle me remontent à la mémoire : « Ils mordent en plein dans les fruits de l'arbre de la science ; ils ont tout approfondi : un in-quarto leur coûte moins qu'à nous un in-trente-deux. » Mais je suis venu pour prendre une interview...

— La collaboration, dit le maître, n'est pas une chose si mystérieuse... Il faut dire d'abord qu'entre mon frère et moi la différence d'âge est peu importante. J'ai lu un jour dans un journal de province que J.-H. Rosny jeune était le fils de J.-H. Rosny aîné. Chronologiquement, c'est impossible : je n'ai que trois ans de plus que lui... Par le simple fait de la vie commune, nous avions à beaucoup d'égards des façons de voir et de sentir identiques. Comme d'autre part nous aimions tous deux la littérature, il y avait un certain nombre de sujets dont nous nous entretenions fréquemment et dont nous désirions également écrire. Si nous nous étions mis à traiter ces sujets-là chacun de notre côté, il y aurait eu forcément des ressemblances très marquées entre nos livres, et nous aurions eu l'air de nous livrer à je ne sais quel concours. L'idée de la collaboration s'est donc imposée spontanément. Nous avons écrit ensemble ce que nous avions conçu ensemble.

— Et comment faut-il expliquer votre séparation ?

— Les collaborations se défont aussi naturellement qu'elles se sont faites. Si l'analogie de nos goûts, sur certains points nous avait fait collaborer, d'autres points sur lesquels nous étions très dissemblables nous ont séparés. Nos styles, qui se ressemblaient beaucoup au début, se sont de plus en plus ressentis de la diversité de nos natures et de nos façons de vivre. Mais il y avait surtout les difficultés matérielles. Mon frère était allé s'installer dans les Landes. Or la collaboration n'est possible qu'a la condition de maintenir un contact continuel. Voyez Meilhac et Halévy : parce que le théâtre les rapprochait sans cesse, ils ont écrit toutes leurs pièces ensemble ; en dehors du théâtre, chacun d'eux reprenait son indépendance. Pour Erckmann et Chatrian, c'est autre chose : il y en avait un qui écrivait et l'autre qui faisait les courses. Le type parfait de la collaboration, c'est les Goncourt : deux vieux garçons qui vivaient ensemble, sortaient ensemble et déjeunaient ensemble. Il y avait intussusception, comme disent les botanistes.

Le maître évoque les physionomies des deux frères. Si Jules était plus spirituel, plus « Parigot », Edmond était plus travailleur. Le souci de l’œuvre en train ne le quittait pas un instant. Un jour qu'ils se promenaient avec des amis dans la forêt de Fontainebleau, Edmond s'aperçut que son cadet contait fleurette à une jeune femme :

— Mais que fais-tu ? s'écria-t-il. Tu ne regardes même pas !...

Georges Champeaux.

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