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J.-H. Rosny

Critique de "Le Cœur tendre et cruel" par Maxime Revon (1926)

7 Février 2014, 10:58am

Publié par Fabrice Mundzik

Critique du roman "Le Cœur tendre et cruel" de J.-H. Rosny aîné, par Maxime Revon, publiée dans Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques n°180 du 27 mars 1926.

Le Cœur tendre et cruel
par J.-H. Rosny aîné.

C'est une confusion que de croire que les romans de M. J.-H. Rosny aîné sont toujours touffus, tendus, qu'ils ont constamment des préoccupations sociales, voire scientifiques.

A vrai dire ses livres ont toujours une certaine tension du ton et quelque amphigouri du style qui ne sont pas le meilleur de l'écrivain. C'est encore dans le Cœur tendre et cruel qu'on peut trouver ceci, par exemple : « L'acteur pauvre est le sauvage hypersocial ; sa savane, sa forêt, sont plantées des herbes et des arbres de l'imposture », qui ne me plaît que modérément. Mais ici, cela n'est qu'accidentel et dans les pages les meilleures de ce récit, le ton est d'une netteté remarquable.

Dans l'ensemble, le Cœur tendre et cruel est un roman de psychologie vivante où le cœur des personnages n'est pas raconté, mais où il s'exprime par le moyen des actions qui le révèlent.

L'histoire commence par l'indication d'un cas de conscience. A Georges, un vieil ami qui va s'absenter confie le soin de garder et de distraire sa maîtresse, Marie. Ne croyez pas cependant que ce drame de conscience va se développer uniquement sur le plan d'une lutte intérieure chez Georges qui, cela va sans dire, devient amoureux de Marie ; mais cette circonstance intime est un des meilleurs ressorts qui feront naître et se développer l'amour réciproque de Georges et de Marie.

Au moment pourtant qu'ils vont être amants, une traverse les sépare. Georges est une sorte d'incertain qui est tout prêt à s'enflammer à l'approche du premier jupon ; il est même capable de se monter à lui-même la comédie de l'amour.

M. Rosny aîné le mène à deux aventures, l'une avortée, l'autre lamentable. Entre temps la guerre arrive et c'est l'occasion pour l'auteur de plusieurs notations sur la vie pendant la guerre et même du récit d'un combat qui sont pleins de traits et de mots justes et frappants, mais un peu banals ou connus et littéraires.

En suite de quoi Georges retrouve Marie pour un amour définitif sans doute et assurément sain et dru. C'est la beauté du livre que de finir ainsi et de montrer Georges sorti de ses dissolvantes aventures pour retrouver sa force dans un amour unique et défini et pour connaître la victoire du mâle.

M. Rosny aîné a indiqué légèrement une comparaison entre Georges ainsi redressé, la France et la puissance de la race. Le rapport que j'en donne ici marque mal la grandeur à laquelle l'auteur parvient par ce moyen qui est bien dans ses conceptions ordinaires d'ailleurs.

Je veux signaler dans ce roman, le chapitre V de la première partie qui est purement admirable de netteté de traits, de grâce charmante, de conduite sûre et habile, de justesse dans le développement. Quel merveilleux métier s'épanouit en ces pages ! Voici un morceau filé et mené avec cette dextérité de main que l'on reconnaît parfois aux dramatistes, mais qu'il est rare de voir poussée à ce point de sûreté dans le roman.

Du reste dans tout le livre on trouve de ces traits exacts, de ces notations vraies des ressorts de la passion, de ces descriptions arrêtées et courtes où les choses extérieures sont en harmonie sensible et simultanée avec les dispositions des personnages.

C'est une chose belle et délicate que le développement de l'amour de Georges et de Marie, de cet amour qui s'exalte et se nourrit lui-même, se monte jusqu'à la passion et la crée en lui jusqu'à ce qu'elle atteigne sa perfection. — (Flammarion, édit.)

Critique de "Le Cœur tendre et cruel" par Maxime Revon in Les Nouvelles littéraires n°180 du 27 mars 1926

Critique de "Le Cœur tendre et cruel" par Maxime Revon in Les Nouvelles littéraires n°180 du 27 mars 1926

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