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J.-H. Rosny

Critique de "La Fille des Rocs" par Ph. Neel (1929)

5 Février 2014, 09:23am

Publié par Fabrice Mundzik

Critique du roman "La Fille des Rocs" de J.-H. Rosny aîné, publiée dans Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques n°328 du 26 janvier 1929.

La Fille des Rocs
par J.-H. Rosny aîné

Le plus sûr reproche que l'on puisse faire à ce roman, c'est l'habileté de son agencement et l'étonnant métier de son auteur. La sûreté avec laquelle il établit ses caractères impose leurs déterminations ; de trop nettes prémisses conduisent à une conclusion prévue.

Godefroy de Vandeuil répugne trop au commerce mondain pour trouver le bonheur auprès d'une femme énigmatique et raffinée comme Claudie de Jarves ; il lui faut une compagne de sa patrie d'âme, telle que cette Françoise Garacq, cette Fille des Rocs, cette sauvagesse indomptable et tendre, qu'il rencontra un jour au cœur de la forêt, où l'on venait de tuer son père.

La parenté spirituelle de ces deux êtres commande leur union que font prévoir les premières pages du livre. Aussi bien, n'est-ce point cette intrigue qui fait l'intérêt du récit, mais bien l'exposition des caractères et l'étonnante vraisemblance de personnages exceptionnels.

M. J.-H. Rosny aîné se souvient des premiers hommes qui faisaient la guerre du feu ou chassaient l'auroch ; et le miracle est d'avoir décelé leurs traits chez des contemporains qui demeurent paisibles. En Godefroy de Vandeuil, en Françoise, en Jeanne, la bûcheronne farouche, en Murguat surtout, la brute primitive, insoucieux des règles et des lois, revivent ces premiers hommes, qui communiaient comme eux avec la nature et vivaient, comme ils souhaiteraient le faire, des fruits de la forêt et des bêtes forcées.

Et par Godefroy, l'humanité ancestrale se trouve si proche de la civilisation raffinée représentée par les membres de la famille de Jarvel, que du hideux Murguat à la précieuse Claudie, nous voyons les anneaux d'une chaîne dont nous surprennent la continuité et la brièveté ; Daâ (1) et la guerre du feu ne datent en somme que d'hier, et aux âmes des civilisés que nous sommes subsiste toujours une parcelle de l'âme primitive.

Les éphémères humains ne sont, au demeurant, que des personnages passifs dans le récit de M. J.-H. Rosny aîné ; leurs déterminations obéissent avant tout aux normes qui régissent la nature, leurs mobiles cèdent à l'obscure volonté des choses. Le décor, dans ce livre, n'est pas inerte ; il se fait véritablement atmosphère et conditionne le récit.

Les jeux du ciel et des vents, le sourd travail de la terre ont plus d'action sans doute que leur volonté propre sur les décisions de Godefroy et de Françoise ; la grande Jeanne, au même titre que Murguat ou le vieux cerf de la forêt obéissent passivement aux suggestions des saisons et des météores ; la sylve éternelle contemple sans émoi les transitoires destinées humaines. Vieille leçon dont se pénètrent les hommes au déclin de la vie, et qu'après tant d'autres voulut redire M. J.-H. Rosny aîné.

En donnant à son récit une assez banale intrigue peut-être entendit-il souligner l'insignifiance de nos gestes et opposer aux forces énormes de la nature la pauvreté des vouloirs humains. (Flammarion.)

Ph. NEEL.

(1) Allusion au roman préhistorique d'Edmond Haraucourt, "Daâh, le premier homme" (Flammarion - 1914)

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Critique de "La Fille des Rocs" par Ph. Neel in Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques n°328 du 26 janvier 1929.

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