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J.-H. Rosny

Allusions : Jean Bastia "Les Réfugiés de Paris" (1918)

5 Janvier 2014, 11:41am

Publié par Fabrice Mundzik

"Les Réfugiés de Paris", Opéra-bouffe de Jean Bastia, fut publié dans La Rampe n°120 du 21 juillet 1918.

Air : Bien chez soi.

Boum !... c'est la Bertha qui tonne
Rrrrr ! C'est le Gotha qui vient
Filons... Il n'y a plus personne
Sous le beau ciel parisien.
Pendant trente heur's et demie
J'poireautai pour prendre un train ;
Enfin j'vis la Normandie
Et je chantai plein d'entrain :

Ah ! quel plaisir ! ah ! quell' joie
D'être aux doux pays cauchois
A Diepp', patrie des anchois,
Aux bords d'la mer infinie !
A l'ombre de son beffroi,
J'vais ronfler comme autrefois...
Ah ! quel plaisir ! ah ! quell' joie
D'être loin de chez soi.

Air : Mimi.

Bientôt sur la plage
Je note au passage
Des tas de visages
Que je reconnais :
C'est Donnay Maurice,
C'est Rostand Maurice,
C'est Magre Maurice,
C'est Rosny aîné.
Holà ! ! qui vive ?
Feydeau, Cassive,
Mirande (Yves)
Régine Flory.
C'est Vincent Émile,
Izola et mille
Autres qui défilent
C'est le tout Paris.

Air : Tu reverras Paname.

Oui, tout Paris, ses hommes et ses femmes
Se trouv'nt à Dieppe et j'en suis fort surpris
Ils sont donc tous Normands car ils proclament
Qu'ils sont venus prendre l'air du pays.

Le Môle a des allur's boulevardières
Il y a Daudet et Gustave Téry.
Pierr' Wolff, Nozière,
Il y a mêm' les trois Guitry
Lucien qu'est l'père,
Jean le fils et Sacha qu'est l'esprit.
Mais ça n'est pas Paname, Paname, Paname,
Il manque un rien, un point dans le programme
Pour que cela soit Paname
Il manque Notre-Dame
Oui, dame,
Madame,
Il manqu' la tour Eiffel
Et le palais officiel
D'l'Elysée et l'
Dôme Dufayel
Bref tout l'essentiel
De Paname.

Air : Bien chez soi.

Et tout l'long de six semaines
Régulièrement j'ai trouvé
Les mêm's gueules parisiennes
Au restaurants, aux cafés,
Aux théâtr'... Qu'c'est monotone !...
Au golf... Ah ! qu'c'est fastidieux !
Quand je me couch' je m'étonne
De n'pas coucher avec eux.

Ah ! quel plaisir ah, quell' joie !
Ils sont tous aux mêm's endroits...
Quand j'vais aux waters dieppois
Je rencontr' les mêm's figures.
Ah ! si j'n'avais pas les foies,
Rapport aux godass's je crois
Qu'j'irais à Paris tout droit...
On n'est bien que chez soi.

Air : La Paimpolaise.

Bientôt n'pouvant tenir en place
Je m'embarque dans un wagon
Un wagon de première classe
Où j'trouv' des tas de gens qui vont
Quéq'part comme moi,
Et chant'nt à mi-voix :

Va pour Paimpol et sa falaise !
Le Breton ne m'emballe pas.
Mais j'aime mieux les Paimpolaises
Que les bomb's qui pleuv'nt des Gothas.

Air : Mimi.

Dans les rues d'la ville
J'aperçois Dorville
Le comt' d'Haussonville
Henri de Régnier,
Spinelly, Réjane
B. de Castellane
Lépine, Dussane
Dranem et Prunier.
Je vois Litvinne,
Vera Sergine,
Bergson, Robinne,
Max et Rigadin,
Sem, André Tudesq (e),
J'vois Marcel Lêvesque
Et son nez, la presque...
-il' du Cocantin.
Au bout d'un' semaine
Voilà — phénomène ! —
Qu'un train qui s'amène
Déverse à mon nez
Et Donnay Maurice
Et Rostand Maurice,
Et Magre Maurice
Et Rosny aîné.
Holà ! qui vive.
Feydeau, Cassive
Mirande (Yves)
Régine Flory
Et Vincent Émile
Isola et mille
Autres qui défilent
C'est le tout Paris.

Air : Bien chez soi.

Et tout c'monde-là s'embête.
Pourtant, les autres saisons,
On voyait les mêmes têtes
Dans les mêmes horizons :
Et tous ces gens, en vacances,
S'amusaient... C'est qu'autrefois
Chacun à son gré, je pense,
Pouvait s'en r'tourner chez soi.

Ah' ! quel plaisir ! ah ! quell' joie
De partir un ou deux mois
Pour plage, mont, val ou bois
Si l'on peut, quand on s'ennuie
R'voir Saint-Germain-l'Auxerrois,
Et la Seine aux quais étroits...
Ah ! quel plaisir quand on r'voit
Le beau ciel pantinois !

Air : La Riviera.

Mais voici l'hiver. Il fait froid
En Bretagne. Il y vente... allons vite
Sur les bords de la Riviera
Comme la chanson nous y invite.

Air : Mimi.

Et je vois à Nice
L' général Cherfils (e)
Fordyc' (Guyon fils (e)
Madam' Rasimi
J'vois Hervé-Victoire.
Monsieur Mithouar (e)
Sorel, Jan' Renouar (e),
Albert Dubarry,
L'on m'y signale
Marthe Chenal (e).
Brisson-l'Annale,
Guiraud d'Scévola,
Deschanel, Polaire,
Max-Alex Fischer (e)
Mayol, Noblemaire,
Les frèr's Volterra ;
Puis voici Dorville,
Le comt' d'Haussonville
Et Gérard d'Houville,
Henri de Régnier,
Spinelly, Réjane,
B. de Castellane
Lépine, Dussane,
Dranem et Prunier
Je vois Litvinne,
Vera Sergine,
Bergson, Robinne,
Max et Rigadin,
Sem, André Tudesq (e),
J'vois Marcel Lêvesque
Et son nez, la presque...
-il' du Cocantin.
Et, sans crier gare
Un beau jour la gare
Jett' dans la bagarre
Ce cher vieux Donnay
Prénommé Maurice,
Et Rostand Maurice,
Et Magre Maurice,
Et Rosny aîné,
Holà, qui vive ?
Feydeau, Cassive
Mirande (Yves)
Et Félix Potin,
Ch'valier, (Mistinguett (e)
D' Jouv'nel et Colette
Toutes les Nénettes
Tous les Rintintins.

Air : Bien chez soi.

Et tout c' monde attend à Nice
Le moment d'aller ailleurs
En attendant que l'on puisse
Rentrer à Paname en chœur,
D' Nice à Diepp' puis le Mont-Dorée
Barbizon, Biarritz... O toi,
Toi Paris qu'seul ils adorent,
T'es plus beau qu'n'importe quoi !
Ah ! quel plaisir ! ah ! quell' joie
D' pouvoir retourner chez soi !
Heureux qui comme Ulysse a
Fait, dit l'autre, un beau voyage.
Puis est r'venu, plein d'usage
Et raison sous son vieux toit,
Vivre l' reste de son âge !
Ah ! qu'on est bien chez soi !

JEAN BASTIA.

Allusions : Jean Bastia "Les Réfugiés de Paris" in La Rampe n°120 du 21 juillet 1918.

Allusions : Jean Bastia "Les Réfugiés de Paris" in La Rampe n°120 du 21 juillet 1918.

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